Recension de «Pardon aux Iroquois»

Publié le 21 janvier 2022, dans Revue de presse

« Je demande pardon aux iroquois, et je veux essayer d’expliquer ici pourquoi il est possible de méconnaître à ce point les Indiens, et pourquoi il est difficile à ceux qui se soucient d’eux d’amener les autres à s’y intéresser. La raison principale, c’est, bien entendu, qu’étant arrivés sur cette terre bien longtemps avant nous – les ethnologues parlent de vingt ou vingt cinq mille ans –, les Indiens ne s’adaptent pas, et pour la plupart ne veulent pas s’adapter, à la vie étrangère que nous avons apportée. » Dans les années 1950, le journaliste new-yorkais Edmund Wilson part à la rencontre des Mohawks, des Sénécas, des Onondagas et des Tuscaroras, parvenant à assister à certaines de leurs cérémonies. Il décide de témoigner de leur combat politique pour la défense de leur terre, de leur histoire, de leur organisation sociale, de leur croyance.

En août 1957, il apprend par le New York Times qu’ « une bande d’indiens mohawks, sous la conduite d’un chef dénommé Standing Arrow » affirmait que les États-Unis leur avaient cédé, par traité en 1784, les terres qu’ils occupaient. Or, la propriété héritée de sa famille se situe justement près de la frontière. Il apprend que la Confédération ou Ligue des Iroquois, initialement Ligue des Cinq Nations, fut fondée en 1570, vraisemblablement par Deganawidah et Hiawatha, fortement renforcée par le débarquement des Européens : « Benjamin Franklin avait été influencé par l’exemple de la Confédération dans son projet d’unification des colonies américaines. Je découvris que les iroquois ont toujours tiré gloire du fait, à leurs yeux pleinement avéré, que notre Constitution écrite, avec son pouvoir fédéral que pondèrent les droits des États, dérive de leur Constitution non écrite, avec ses six unités semi-autonomes et son grand conseil où elles sont toutes représentées. » Le Congrès avait explicitement reconnu « le droit souverain de la confédération à la libre jouissance et possession de ses biens fonciers et avec accepté de les protéger contre toute et usurpation “tant que l’herbe croît et que l’eau coule“ », si bien que l’achat de leur terre par l’État de New York ne serait pas valide.

Edmund Wilson découvre et raconte également les légendes fondatrices et les croyances iroquoises, notamment La Bonne Parole, Le Code de Handsome Lake, qui est récitée et respectée dans tout le monde iroquois, contribuant à maintenir la cohésion de la Ligue. Il enquête sur quelques « empiétements territoriaux auxquels se sont livrés les blancs » et qui ont stimulé l’éveil de la conscience nationale iroquoise : le déplacement et l’expropriation de quelques familles indiennes à Raquette Point lors des travaux d’aménagement du Saint-Laurent, l’appropriation de l’île Barnhart par la Commission à l’énergie de l’État de New York en 1954, jugée nécessaire à la construction d’un immense barrage, le chantier du complexe hydroélectrique qui devait utiliser l’énergie des chutes du Niagara, en 1958, et inonder un cinquième de la réserve tuscarora, le barrage Kinzua conçu pour contrôler les inondations du bassin du fleuve Ohio. Il raconte aussi l’histoire de la République sénéca, fondée en 1848, autorisée par le gouvernement fédéral des États-Unis et qui fonctionne toujours, indépendamment de la Ligue. Grâce à la confiance gagnée de certains de ses représentants, l’auteur a assisté à un certain nombre de cérémonies qu’il décrit longuement, notamment celle de la Petite Eau, l’une des plus secrètes et des plus sacrée, et celles du nouvel an, qui durent plusieurs jours et comprennent la danse de la Guerre, le jeu des noyaux de pêche, la danse du Poisson, la danse Nue, le rituel des vrais Faux Visages, la grande danse des Visages Feuilles de Maïs, la danse de la Grande Plume.

Il analyse le réveil du mouvement nationaliste indien comme partie prenant du « mouvement de réaction qui, de par le monde entier, dresse les races non blanches contre les immixtions et les empiétements des Blancs » et s’avoue être dégouté par les multiples tentatives des États et du gouvernement fédéral de dépouiller et disperser les Indiens, par leur « avidité gloutonne », autant que par la « tapageuse exploitation » du romanesque littéraire, par Fenimore Cooper comme par la publicité.

Animé par une curiosité infiniment respectueuse, Edmund Wilson livre un témoignage méticuleux de la situation contemporaine des Indiens d’Amérique du Nord. Également nourri par ses séjours dans les réserves que par un important dépouillement des ouvrages et travaux sur les Iroquois, il montre avec une certaine admiration la persistance de leur culture et la vivacité de leur résistance.

Ernest London, le bibliothécaire-armurier, Bibliothèque Fahrenhait 451, 21 janvier 2022.

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