Stérilisation forcée des Autochtones: Miller assure que le Canada a pris des mesures

Publié le 24 mars 2021, dans Non classé, Nouvelles Stérilisation forcée des Autochtones: Miller assure que le Canada a pris des mesures

Des femmes autochtones continuent de parler des stérilisations forcées qu’elles ont subies et des voix s’élèvent pour demander au gouvernement canadien des actions concrètes afin de mettre un terme à cette pratique. Elles soulignent aussi l’hypocrisie du Canada qui dénonce le génocide des Ouïgours en Chine.

Encore aujourd’hui, des femmes autochtones qui se sont fait ligaturer les trompes sans leur consentement éclairé sortent du silence.

En 2018, le premier ministre Justin Trudeau estimait que la stérilisation forcée de certaines femmes autochtones constitue une grave violation des droits de l’homme. Il a reconnu la discrimination et le racisme systémique auxquels les Autochtones sont confrontés dans le système de santé.

Pourtant, en entrevue, la sénatrice Yvonne Boyer, qui porte le dossier, assure qu’on n’a pas vu beaucoup d’actions concrètes au Canada. Elle ajoute : Il faut des efforts, il faut des actions, pour que cette pratique affreuse cesse.

La semaine dernière, elle a interpellé le Sénat pour mettre en lumière la stérilisation sans consentement sur le plan national.

Elle rappelle qu’en 2018, le Comité des Nations unies contre la torture se disait déjà préoccupé par la stérilisation extensive forcée ou contrainte de femmes et de filles autochtones au Canada.

«Ce n’est pas un fait historique, ça arrive encore aujourd’hui. Au moment où nous parlons, il y a encore des femmes autochtones dans ce pays qui se font stériliser malgré elles, car elles pensent que c’est la bonne chose à faire, ou car on leur a dit que c’est la bonne chose à faire.»

Yvonne Boyer, sénatrice

Selon elle, certains médecins disent encore aux femmes autochtones qu’après avoir eu trois enfants, elles doivent être stérilisées.

Lors d’un point de presse tenu mercredi, le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, a indiqué que c’était inacceptable que des femmes soient stérilisées sans leur consentement. On a pris plusieurs mesures après ce constat pour s’assurer que les femmes seraient accompagnées dans le milieu hospitalier.

Radio-Canada a demandé au ministère de quelles mesures concrètes M. Miller parlait, mais est toujours dans l’attente d’une réponse.

Le ministre a toutefois voulu partager les responsabilités avec les gouvernements provinciaux.

«C’est une situation inacceptable qui ne doit pas perdurer, mais c’est du ressort du fédéral ainsi que des provinces.»

Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones

Le Canada ne se cache pas

Le sujet est revenu dans l’actualité, car le gouvernement canadien accuse la Chine de génocide envers la minorité musulmane des Ouïgours. Plusieurs témoignages de femmes recueillis par les médias occidentaux détaillent là aussi des stérilisations forcées de la part des autorités chinoises.

La position du Canada à ce sujet a choqué Alisa Lombard, une avocate qui a présenté devant la Cour de la Saskatchewan, notamment, une demande de recours collectif de femmes autochtones stérilisées contre leur gré.

L’avocate Alisa Lombard porte devant les tribunaux deux demandes d’actions collectives.
Photo : Courtoisie Semaganis Worme Lombard

Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir et coécrite avec Samir Shaheen-Hussain, urgentologue pédiatrique, professeur adjoint à l’Université McGill et auteur de Plus aucun enfant autochtone arraché. Pour en finir avec le colonialisme médical canadien, elle dit : Nous pensons qu’il est grand temps que le Canada reconnaisse officiellement la même violence genrée qu’il a infligée aux femmes et aux filles autochtones ici : « Nous devons l’appeler par son nom : un génocide ».

Une victime présumée qui s’est confiée à Radio-Canada conseillait elle aussi au premier ministre de balayer devant sa porte avant de donner des leçons à la Chine.

Le ministre Miller estime que ce qui différencie le Canada de la Chine à ce sujet, c’est que le premier ne se cache pas.

Il y a plusieurs choses qui nous distinguent de la Chine. Au Canada, on reconnaît ce qu’on a fait et on essaie d’y remédier. On parle dans plusieurs cas de siècles de colonialisme. Évidemment, au Canada, c’est du travail d’arrache-pied, a-t-il dit.

Avec les informations de Geneviève Normand

Delphine Young, Radio-Canada, 24 mars 2021

Photo:

Marc Miller, le ministre des Services aux Autochtones, qualifie la stérilisation forcée des femmes autochtones d’inadmissible.

Photo : Marc Miller, le ministre des Services aux Autochtones, qualifie la stérilisation forcée des femmes autochtones d’inadmissible. © Radio-Canada / Ivanoh Demers

 

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