L’immobilier exclut de plus en plus de Canadiens

Publié le 20 juillet 2020, dans Revue de presse L’immobilier exclut de plus en plus de Canadiens

La financiarisation du marché en cause.

L’une des principales causes de la pénurie de logements que connaissent Montréal et d’autres grandes villes de la planète réside dans une dérive du marché immobilier, selon un chercheur de l’Université du Québec à Montréal.

Dans une entrevue accordée vendredi à TVA Nouvelles, Louis Gaudreau, professeur à l’École de travail social de l’UQÀM, met directement en cause ce qu’il nomme la « financiarisation » de ce marché. Autrement dit, l’attitude qui consiste à ne voir dans l’achat d’un ensemble d’habitations qu’un simple investissement en vue de gagner le plus d’argent possible dans un minimum de temps.

Auteur du livre Le promoteur, la banque et le rentier (Lux Éditeur) publié le mois dernier, le sociologue observe qu’un nombre sans cesse croissant de familles ne parviennent plus à se loger dans la métropole québécoise, tandis que le taux d’inoccupation y atteint des niveaux records. Fort de ce constat, il a donc décidé de passer au crible l’histoire et l’évolution du marché immobilier en Amérique du Nord, du XIXe siècle à nos jours.

LOGIQUES D’ACCUMULATION FINANCIÈRE

« La manière habituelle de présenter la question du logement au grand public, dans les journaux, va souvent s’appuyer sur des indicateurs économiques qui vont dire que les prix augmentent parce que l’offre s’est resserrée, que la démographie est favorable. Et que, par conséquent, il y a davantage de demandes pour le logement, il y a plus de pression », commente le chercheur. Or, poursuit-il, si ces indicateurs économiques sont en effet importants, ils ne sauraient suffire à eux seuls à expliquer l’augmentation du coût des loyers et du prix des logements.

« En ce moment, je dirais qu’un des principaux facteurs [que l’on constate], c’est la tendance du marché immobilier à se financiariser, c’est-à-dire sa tendance à être soumis à des logiques d’accumulation financière qui sont plus étrangères que jamais à la considération du logement comme un besoin, un droit ou comme un bien d’usage », souligne le professeur. En résumé, explique-t-il, les logements sont de moins en moins abordables pour M. et Mme Tout-le-Monde, car ils font désormais partie d’un marché structurellement orienté à la hausse. Et la faute en incombe au fait qu’au lieu d’être considérés comme un droit élémentaire, ils constituent aujourd’hui avant tout un bien financier qu’il s’agit de faire toujours davantage fructifier.

« Ceux qui ont beaucoup de moyens se font avoir aussi parce qu’ils payent de plus en plus cher pour se loger, mais ils sont encore capables de trouver, ajoute Louis Gaudreau. Là où le problème devient le plus manifeste, c’est pour les personnes qui ont des revenus plus modestes, et pas seulement les personnes très pauvres. De plus en plus, ce problème-là touche d’autres catégories de revenus, de ménages, qu’on ne considérait pas auparavant comme des personnes pauvres, et qui aujourd’hui le deviennent à cause de l’augmentation des prix du logement. »

UN MARCHÉ INCAPABLE DE RÉPONDRE AUX BESOINS

« Un constat qu’on peut faire, c’est l’incapacité structurelle du marché de l’habitation à répondre à l’ensemble des besoins, et surtout à ceux qui ont le plus besoin de logements. Pour ça, on l’a déjà fait auparavant et on continue de le faire, mais pas de manière assez importante, c’est de privilégier des formes d’habitation qui soient “démarchandisées”. Pourtant, il y a le logement social, le logement communautaire… Il existe toutes sortes de formules », souligne Louis Gaudreau.

« Je pense que ces formes-là sont intéressantes dans leur principe, mais l’enjeu à moyen terme demeure celui du financement. Parce que même les coopératives d’habitation, il s’en est construit beaucoup dans les années 1970, sans compter les HLM et les différentes formes de logements sociaux. Toutefois, cela occupe une portion assez marginale du parc résidentiel. Dans ces conditions, on pourrait utiliser le pouvoir public de dépenser pour investir dans des formes de logements abordables, et qui restent abordables dans le temps. »

Malheureusement, conclut le professeur, la pandémie de coronavirus et les bouleversements économiques qu’elle a engendrés n’ont pas, du moins pour l’instant, abouti à réduire la pression financière sur l’immobilier québécois.

Conseiller, 20 juillet 2020

Photo: maxxyustas / 123RF

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