L’envers du travail de Rolande Pinard

Publié le 30 mars 2019, dans Revue de presse

La littérature sur les mouvements ouvriers et syndicaux abeau être dense, on y parle peu de la place que ces luttes ont accordée aux femmes. «Tout simplement parce qu’elles ne s’y sont pas impliquées», pourrait-on penser de prime abord. Première idée fausse combattue par la sociologue auteure de cet ouvrage. Elles auraient même été très nombreuses à se mobiliser, par exemple, lors des révoltes de la faim qui ont eu lieu aux XVIIe et XVIIIe siècles en réaction à l’apparition de grands négociants sur les petits marchés locaux. Basant son analyse sociologique à la fois sur les fabriques anglaises issues de la première révolution industrielle et les entreprises de production de masse qui ont vu le jour au XXe siècle aux États-Unis, Rolande Pinard nous explique pas à pas comment les femmes ont été ensuite progressivement évincées de ces mouvements de lutte. Un ouvrage très stimulant qui, outre une perspective historique, nous donne à réfléchir sur des sujets qui sont encore aujourd’hui au cœur de l’actualité, tels que le rôle et le poids accordés aux syndicats ou à la capacité des travailleurs indépendants à faire front pour revendiquer des nouveaux droits sociaux.

Aude Martin, Alternatives économiques, no 389, mars 2019