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Photo de cinq hommes tenant des pelles ou des pioches et se tenant debout devant une maison en bois qui vient d'être construite.
1 septembre 2025

Israël, une colonie de peuplement

Les livres de Monique Chemillier-Gendreau et de Sonia Dayan-Herzbrun ont le grand mérite de donner de précieuses clés de contextualisation historiques du génocide de Gaza. Celui-ci s’inscrit en effet dans la continuité du projet sioniste et des politiques israéliennes depuis 1948. Car l’existence d’une population autochtone, palestinienne, représente un problème majeur pour le sionisme dès ses débuts dans la mesure où il vise à établir sur la Palestine une colonie de peuplement juive.

Monique Chemillier-Gendreau, professeur émérite de droit à l’université Paris-Diderot, revient dans le premier chapitre de son livre sur les objectifs du projet sioniste dès la fin du xixe siècle et pendant la période du mandat britannique (1922-1947). Elle cite notamment un proche de Theodor Herzl, Israël Zangwill, qui expliquait dans la presse britannique durant la Première Guerre mondiale : « Si l’on pouvait exproprier avec compensation les 600 000 Arabes de Palestine, ou si l’on pouvait les amener à émigrer en Arabie, car ils se déplacent facilement, ce serait la solution de la plus grande difficulté du sionisme ». Elle révèle les moyens mis en œuvre par l’État d’Israël pour nier le peuple palestinien et liquider les bases territoriales d’un État. Sa démonstration est implacable. Le mouvement sioniste a persisté, avant comme après la création d’Israël, dans sa volonté de s’approprier toute la terre de Palestine. Et depuis 1948 Israël a systématiquement entravé la création d’un État palestinien en s’attaquant aux éléments fondamentaux qui le composent : l’expulsion des Palestiniens, l’occupation de Jérusalem, l’implantation de colonies en Cisjordanie rendant impossible un territoire palestinien continu, et la discrimination juridiquement organisée entre colons israéliens et Palestiniens du territoire occupé depuis 1967. Israël n’a respecté aucun de ses engagements internationaux : il a piétiné toutes les règles posées par les Conventions de Genève et les autres normes du droit humanitaire. C’est pourquoi le mirage de la solution à deux États n’est en rien une perspective crédible selon la spécialiste du droit international, position partagée par Sonia Dayan-Herzbrun.

Depuis les origines, Israël a sapé délibérément et méthodiquement toutes les possibilités d’édification d’un État palestinien. L’espérance des Palestiniens que les accords d’Oslo ouvriraient une dynamique positive s’est très vite révélée illusoire. Aujourd’hui, il n’y a plus de territoire viable pour un État de Palestine. Gaza est un champ de ruines et les Palestiniens n’ont le contrôle de l’administration territoriale que sur des fragments de territoire sans continuité. En outre, le peuple de Palestine est dispersé depuis 1948 et l’interdit posé par Israël sur leur droit au retour le condamnant à cette dispersion. La capitale naturelle de la Palestine, Jérusalem, a été confisquée par Israël dans ses deux parties, sans espoir de réversibilité de cette situation. Et ne parlons pas de l’Autorité palestinienne qui n’est ni un État, ni même un embryon d’État, faute de disposer des fonctions qui reviennent aux États. Le livre de Monique Chemillier-Gendreau est aussi une démonstration implacable de la complicité des grandes puissances et de l’ineffectivité du droit international en l’absence d’un système de sanctions.

Le livre de Sonia Dayan-Herzbrun, professeure émérite de sociologie politique à l’Université Paris Cité, complète utilement celui de sa collègue. Elle se propose quant à elle de revenir sur les racines européennes du sionisme. Elle relate l’histoire de ce premier sionisme chrétien peu connu qui, dans la seconde moitié du xixe siècle, promettait la fin de la persécution des Juifs d’Europe à condition qu’ils quittent le continent. Le sionisme se développe au sein d’un monde juif très divisé en multiples courants. Son livre montre surtout comment il s’inscrira dans le projet d’expansion de l’Empire britannique et de colonisation de la Palestine. Le sionisme politique de Theodor Herzl et de ses successeurs est en effet marqué par un contexte européen fait de nationalismes, d’utopies coloniales et d’orientalisme. « Pour l’Europe, nous formerions là-bas un élément du mur contre l’Asie ainsi que l’avant-poste de la civilisation contre la barbarie », écrivait Theodor Herzl dans son livre L’État juif. Le sionisme se construit autour de la négation du passé et du présent de la Palestine. Il s’appuie sur un récit qui transforme la Bible en livre d’histoire. Les premiers sionistes n’étaient pas des croyants, mais une forme de messianisme se combine par la suite à leur idéologie. Jusqu’à la montée du nazisme, le sionisme comme mouvement d’immigration et d’installation en Palestine était largement minoritaire parmi les Juifs [1]. En 1930 on dénombrait environ 130 000 Juifs contre près de 850 000 Arabes en Palestine. Ce que les deux autrices démontrent avec force et chacune à sa manière, c’est qu’Israël, malgré tous les dénis, est bien une colonie de peuplement et que le sionisme a été dès l’origine et demeure une idéologie coloniale.

 

[1] Sur l’antisionisme dans toutes ses facettes, voir les textes écrits entre 1885 et 2020 par des intellectuels, rabbins, militants et organisations juives opposés au projet puis aux objectifs de l’État d’Israël rassemblés par Béatrice Orès, Michèle Sibony et Sonia Fayman dans Antisionisme, une histoire juive, Éditions Syllepse, 2023.


Roland Pfefferkorn, Raison présente, no 236, 2025.

Lisez l’original ici.

Photo: Colons juifs vers 1920. Library of Congress.

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