Conférence avec Sonia Dayan-Herzbrun
Le sionisme, sous ses différentes formes, a toujours été une idéologie coloniale dont on constate aujourd’hui les conséquences effroyables. Ses racines ne plongent pas dans la tradition rabbinique, mais bien au cœur de la modernité européenne.
Dans l’Occident chrétien, les diverses communautés juives étaient perçues comme un peuple en exil, issu d’une terre mythique à la géographie incertaine. Jusqu’à l’époque moderne, le rapport à ce lieu demeurait pour les Juifs essentiellement symbolique, voire mystique. À la fin du XIXe siècle, cette vision bascule, sous l’impulsion du « sionisme chrétien ». Une forme de messianisme se combine alors au projet colonial britannique en Palestine.
C’est dans ce contexte que prend forme le sionisme politique de Theodor Herzl (1860-1904) et de ses successeurs. Il s’inscrit à la croisée de plusieurs courants intellectuels qui traversent l’Europe entre le XIXe et le XXe siècle : nationalismes, utopies coloniales et orientalisme. L’unité de la nation se construit autour d’un récit qui érige la Bible en livre historique fiable et efface le passé de la terre sur laquelle il est censé se dérouler. Toutes les manipulations politiques deviennent dès lors possibles.