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Capture d'écran de l'entrevue filmée avec Francis Dupuis-Déri.
9 octobre 2026

Masculinisme: des discours violents et décomplexés dès l’école primaire

Le chercheur Francis Dupuis-Déri s’est intéressé à la question des haines chez les jeunes hommes : misogynie, homophobie, transphobie… Alors qu’il pensait étudier le phénomène au collège et au lycée en France, au Canada et aux États-Unis, des enseignant.es du primaire lui ont signalé leur intérêt pour son travail, mentionnant des propos et actes d’enfants de moins de 10 ans.

Ce phénomène, le professeur de science politique à l’UQAM le fait remonter à la pandémie de Covid-19 et à l’isolement dû aux confinements, mâtiné de l’influence de masculinistes mais aussi d’hommes puissants comme Donald Trump et Elon Musk.

Quand il a approché des enseignant.es du primaire et du secondaire, Francis Dupuis-Déri a entendu revenir sur l’idée que « l’on a reculé de 10 ou 15 ans » sur les théories concernant la misogynie, l’homophobie, la transphobie. Dans les cours de récré, des propos violents et parfaitement assumés de jeunes garçons qui ne cachent pas leur mépris pour les femmes, les immigré.es, les homosexuel.les ou les personnes trans mais aussi pour les musulmans, les juifs… En un mot : pour les minorités, quelles qu’elles soient.

Aux propos violents s’ajoutent des agressions physiques, du harcèlement, des appels à la haine voire des saluts nazis. Depuis quelques années, les attaques homophobes augmentent, les LGBTIphobies progressent également et se cantonnent de moins en moins aux insultes en ligne. Dans les salles de classes, les professeur.es ne sont pas habitué.es à une telle violence dans la parole et se sentent démuni.es, voire visé.es par leurs élèves, avec la crainte d’un passage à l’acte ou de harcèlement, parfois mortel contre les enseignant·es LGBTQIA+, comme l’institutrice Caroline Grandjean, qui s’était suicidée après une campagne de harcèlement liée à son homosexualité.

Donald Trump et Elon Musk pour modèles

Dans l’argumentaire de ces jeunes garçons (car ce sont principalement des garçons), des références qui leur semblent imparables : « Moi je dis comme Donald Trump, le président de la plus grande puissance mondiale, et comme Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, donc j’ai raison de penser comme ça. Et toi, tu n’es qu’une enseignante », résume Francis Dupuis-Déri. Le président étasunien s’est efforcé de faire reculer les droits des femmes, en revenant d’abord sur les droits reproductifs et en particulier sur l’IVG, mais aussi en démantelant les programmes DEI (Diversité Equité Inclusion) et ses deux élections ont libéré des discours de plus en plus virulents à l’encontre des femmes, des minorités sexuelles et des étrangers.

Autre figure qui les influence : Andrew Tate. Le kick-boxer masculiniste est vu comme un modèle : musclé, riche, tutoyant les puissants de ce monde… sans prêter trop d’attention à ce qui lui est reproché. Au total, 59 chefs d’accusation à répartir entre Andrew Tate et son frère Tristan, arrêtés en juillet 2026 et jetés en prison depuis.

Ce mouvement est accompagné par l’investissement d’associations de parents qui défendent les « valeurs traditionnelles », « la famille traditionnelle ». Souvent chrétiennes, parfois de manière officieuse, ces organisations estiment que ce qui se joue et se discute à l’école les concerne. Ils s’inquiètent en particulier de l’enseignement supposé de la « théorie du genre« , affirmant que l’école enseigne aux enfants qu’on ne naît ni fille ni garçon et qu’elle les pousse à l’homosexualité. Des craintes évidemment infondées, puisque les cours d’Evar ou Evars n’abordent pas ces questions mais font de la prévention sur les IST, expliquent le fonctionnement de la contraception ou ce qu’est le consentement.

Les réseaux sociaux, des médias à double tranchant

Ces combats se font autant sur le terrain de l’école et de la rue que sur les réseaux sociaux. En ligne, des masculinistes proposent des programmes de musculation et entraînent peu à peu leur public vers des contenus haineux. Cette influence délétère peut parfois se traduire par des radicalisations de jeunes garçons et hommes qui les suivent et aller jusqu’à des tentatives de meurtres, comme cette tentative d’attentat masculiniste déjoué dans la prépa d’un lycée de Saint-Etienne en France. Le sujet inquiète jusqu’au Sénat français qui étudie le phénomène.

Mais cette partie bruyante de la jeunesse cache tout de même une forêt plus positive, celle d’une majorité (plus discrète) de jeunes qui sont davantage ouverts à la différence. Les sondages montrent que les jeunes sont en général plus tolérants à la diversité sexuelle, religieuse ou ethnique que les générations précédentes. Les jeunes filles trouvent aussi une communauté de femmes qui se soutiennent contre les masculinistes et la misogynie, les jeunes LGBTQIA+ osent aussi davantage être elles-mêmes et eux-mêmes, en observant la liberté d’autres membres de la communauté qui se racontent en ligne.


France 24, 9 octobre 2026.

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