Une critique radicale du système électoral
Ce plaidoyer pour l’abstention est un petit essai convaincant qui nous rappelle que la seule véritable démocratie est celle que l’on appelle de nos jours la démocratie directe. Il nous propose une critique radicale du système électoral, cette « démocratie représentative » qui ne saurait, en toute honnêteté, être assimilable à la démocratie – comme l’écrivaient en leur temps Rousseau, Montesquieu et avant eux Spinoza. Dupuis-Déri a aussi écrit, dans la même veine, « Démocratie – Histoire politique d’un mot » et « Agoraphobie et agoraphilie politiques ». « Nous n’irons plus aux urnes » est un petit ouvrage de vulgarisation éclairant et d’une lecture facile, dont je vous recommande vivement la lecture.
Extrait :
Si on évoque souvent le sacrifice des personnes mortes pour le droit de vote, on souligne rarement que les régimes parlementaires sont responsables de l’emprisonnement, de la torture et de l’assassinat de gens du peuple qui tentaient de s’organiser de manière autonome, sans chef ni Parlement, au nom des principes pourtant reconnus de liberté, d’égalité et de solidarité. Rappelons que le gouvernement républicain français a ordonné à ses troupes d’écraser la Commune de Paris en 1871, ce qui s’est soldé par le massacre de 20 000 à 30 000 adeptes d’une démocratie autonome et locale ; que le gouvernement républicain social-démocrate allemand a déployé les miliciens des corps francs pour éradiquer les conseils ouvriers qui autogéraient certaines entreprises et même des villes entières, comme Munich, en 1919 ; que les troupes coloniales du régime parlementaire britannique ont mitraillé en 1929 des dizaines de femmes igbo au Nigéria qui protestaient contre de nouvelles taxes, avant de leur interdire de tenir leurs assemblées non mixtes ; que le gouvernement républicain espagnol a dépêché des milices commandées par des officiers soviétiques pour imposer par les armes la reprise des terres collectivisées dans des villages autogérés pendant la révolution de 1936-1939 ; que le gouvernement républicain mexicain a ordonné l’attaque des villages libérés par les zapatistes au Chiapas dans les années 1990. Sans parler des exécutions par pendaison ou électrocution d’anarchistes accusés de crimes qu’ils n’avaient pas commis, entre autres Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, assassinés par la république des États-Unis en 1927. Rendre hommage avec insistance aux personnes mortes pour le droit de vote contribue souvent à occulter la mémoire de celles qui défendaient et même exerçaient à petite ou grande échelle l’autogestion, l’autonomie, l’anarchie ou la démocratie (directe) – peu importe le terme choisi – et que des policiers, soldats, miliciens ou bourreaux à la solde de parlements ont massacrées pour s’assurer que le pouvoir reste entre les mains des parlementaires ou d’un parti politique.
Bruno Marquis, Presse-toi à gauche, 17 mars 2026.
Photo: Glen Carrie / Unsplash
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