Un style incisif, voire vitriolique

Publié le 21 mars 2022, dans Revue de presse

Pensez à vos fantasmes politiques inassouvis. Aux injures que vous auriez aimé crier au visage des crosseurs. Aux cocktails molotov que vous n’avez pas pu lancer encore. Aux condamnations aux travaux forcés, socialement utiles, que vous auriez tant aimé imposer aux oligarques. Ces pulsions inavouées, ces désirs politiques secrets, Fred Dubé les exprime haut et fort dans cet essai. Souvent avec humour; toujours avec un profond sentiment de révolte contre les aberrations du système.

La crise écologique que nous traversons est évidemment au coeur de ses préoccupations. Fred Dubé nous en montre les tragiques dimensions, armé de son style incisif, voire vitriolique. Sa prose est animée à la fois par un sentiment de stupéfaction face à la bêtise de l’espèce humaine engoncée dans la logique marchande et par une volonté d’impulser un électrochoc à son lectorat, dans l’espoir – ténu mais sincère – de limiter les dégâts infligés à l’écosystème. Et peut-être d’éviter la catastrophe finale.

Dans cette optique, sa réflexion se déploie sur différents axes critiques, allant de nos manies consuméristes à la propagande néolibérale, en passant par la voracité des multinationales, les artifices moussés par le marketing, la complicité des médias et le piège du capitalisme vert. Il va sans dire que le mythe du développement durable est haché menu, de même que diverses fuites en avant, comme la consommation nichée soi-disant écoresponsable. Elle a beau être artisanale et biologique, elle demeure inaccessible à la majorité.

«Moi, je fais partie des radicaux en colère, émotifs, irrationnels […] à qui on fait bien de n’offrir aucune tribune à la télévision», écrit Dubé. Sa plume irrévérencieuse et iconoclaste fait penser à celle de Pierre Falardeau notamment. Elle autorise les indignations les plus crues, sans se priver du plaisir de la bonne blague, ce qui a l’heureux avantage de bien faire passer le message.

La palette de l’essayiste est très large, dépassant de loin le seul thème de l’apocalypse planétaire. La police, la crise du logement, les réseaux sociaux, les appareils intelligents, les radios poubelles et autres industries culturelles, tout y passe! Sans oublier quelques thèmes imprévisibles ou plus éloignés, comme l’insomnie (deux textes y sont consacrés), la banlieue, ou encore Laurent-Duvernay Tardif.

Inévitablement, Fred Dubé a réservé une petite place à ce chroniqueur de Québecor, éditorialiste sur CNews et jadis sociologue québécois: «Qu’ont en commun le cul des Français et la bouche de Mathieu Bock-Côté? – Sa langue».

Philippe Boudreau, À babord!, no 91, printemps 2022.