Sur Trump et le fascisme aux USA

Publié le 16 septembre 2016, dans Tribune

Sur Trump et le fascisme aux USA (cf. C. Rioux). Une rencontre entre Dos Passos et Pozner, dans Les États-Désunis (brillant livre sur l’Amérique) offre des pistes de réflexions.

« Rencontré John Dos Passos

« Dos Passos traverse la pièce, prend une cigarette, fouille dans ses poches, s’en va chercher des allumettes, revient en aspirant la fumée.
— Nous sommes dans un pays barbare, dit-il, le plus barbare de tous. Le berceau même du fascisme. Les Allemands ont tellement emprunté à certains idéologues américains. L’influence anticivilisatrice des États-Unis en Europe a été beaucoup plus puissante qu’on ne l’a cru. […] Le Ku Klux Klan a été le premier fascisme organisé. Le mot liberté lui-même a été annexé par la classe dominante qui en a baptisé son organisation la plus réactionnaire, la Liberty League. Le fascisme est tellement répandu chez nous que nous en sommes quelque peu immunisés. Et puis, le pays est si grand, si chaotique que les industriels ne pourront jamais s’entendre entre eux, par excès de force. Je ne crois pas que nous ayons jamais un fascisme centralisé, unique.

« Il y a encore ceci : les organisations qui exploitent le fascisme sont tellement malhonnêtes. Lorsqu’il y a eu cinquante mille dollars dans la caisse du Ku Klux Klan, le chef de l’organisation a disparu avec l’argent. Les mots que ces hommes emploient n’ont pas de sens. Ce sont des hommes d’affaires, des marchands de mots, mais ils oublient la nature de leur marchandise : les mots qu’ils négocient ne signifient rien pour eux. Ce qui importe, c’est le fait de vendre. »