Trump a décidé que l’antifascisme est une organisation terroriste, discussion avec Mark Bray, historien américain exilé
En octobre 2025, l’historien Mark Bray, s’est retrouvé, malgré lui au cœur de l’actualité. Auteur il y a une dizaine d’années d’un ouvrage remarqué sur l’anti-fascisme, il a été pris pour cible par l’alt-right américaine et a été contraint de quitter les États-Unis pour l’Europe.
- Mark Bray, professeur d’histoire à l’université Rutgers (New Jersey), spécialiste de l’histoire de l’antifascisme
Son nom a été jeté en pâture et Mark Bray a été harcelé sur les réseaux sociaux. Cette campagne de harcèlement s’est tenue dans la foulée de l’assassinat de Charlie Kirk et d’un décret édicté par le président américain associant antifascisme et terrorisme, un concept aux contours mouvants. Pour échapper aux menaces de mort, Mark Bray a donc dû quitter précipitamment les États-Unis pour trouver refuge en Espagne. Il est ce soir notre invité pour évoquer les multiples menaces qui pèsent sur l’université, le savoir et la démocratie aux États-Unis.
“Depuis 2017”, relate Mark Bray, “la droite développe ce discours qui assimile les antifas à des terroristes”. Aux États-Unis, il a beaucoup été question de l’antifascisme lorsqu’en 2017, Charlottesville a été le théâtre de rassemblements de l’extrême droite américaine, ayant conduit à des émeutes avec des antifas et des anti-racistes qui ont dénoncés ces marches. Durant plusieurs années, les antifas ont ensuite “un peu disparu des rues américaines”. Pour l’historien, “ce que Trump essaie de faire” actuellement, “c’est de se servir de ce terme pour diaboliser la gauche et provoquer une crise”. Néanmoins, si le sujet était très présent médiatiquement en octobre 2025, et qu’il était fait mention d’une menace existentielle, le sujet a depuis complètement disparu, preuve s’il en est pour Mark Bray, “qu’il a été inventé de toute pièce”.
D’après l’historien, le but de Donald Trump est “d’associer le Parti démocrate au terrorisme, pour rendre le Parti démocrate illégal”. Le président américain s’est aussi servi du terme, pour tenter de décrédibiliser les manifestants du mouvement “No Kings” qui a réuni plus de 7 millions de personnes à travers le pays. Dans les faits, aux États-Unis, explique Mark Bray, “ces groupes ne sont pas très connus du public et n’ont pas de liste d’adhérents ». D’après ses recherches, il compte “une vingtaine de groupes qui se qualifient d’antifas, qui compteraient entre 8 et 15 membres actifs”.
Il y a donc, rappelle l’historien, une différence entre “un membre d’un groupe antifa qui s’engage dans l’activisme et quelqu’un de gauche, qui est contre le fascisme et va manifester de temps en temps”. Pour autant, pense Mark Bray, “Trump et ses alliés ne s’intéressent pas à ces nuances”. Ce terme est pour lui “une espèce de croque-mitaine pour qualifier la gauche, de même qu’on qualifie de woke toutes les politiques antiracistes”.
Pour aller plus loin :
Mark Bray, « L’antifascisme. Son passé, son présent et son avenir », Lux Éditeur, 2018
Questions du soir, France Culture, 14 novembre 2025.
Écoutez l’émission ici.