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24 janvier 2016

Rue frontenac, 5 octobre 2010

Livre référence:
Le procès des Cinq

Les Zapartistes – Brillante reconstitution du procès des Cinq

Plus ça change, plus c’est pareil. C’est malheureux, bien sûr, mais aussi très drôle. C’est du moins ce que les Zapartistes nous démontrent, de brillante façon, en reprenant le «procès des Cinq» sur scène.

Octobre 1970. À la suite des enlèvements de Pierre Laporte et de James Cross par le FLQ, le gouvernement fédéral promulgue la Loi sur les mesures de guerre. Les libertés individuelles sont suspendues, les corps policiers ont tous les pouvoirs, et quelque 450 personnes sont arrêtées sans raison. Une espèce de répétition générale pour le G-20 de Toronto, 40 ans auparavant…

Parmi les «inculpés», cinq figures détonnent : Pierre Vallières et Charles Gagnon, leaders idéologiques du Front de libération du Québec, le journaliste Jacques Larue-Langlois, l’avocat Robert Lemieux et le syndicaliste Michel Chartrand.

Au cours de leur procès commun – le procès des Cinq –, ils dénonceront entre autres la partialité du juge Roger Ouimet puisqu’il a été nommé par le gouvernement libéral de Québec. Une sorte de répétition générale pour la commission Bastarache, quatre décennies plus tôt…

Liens fascinants

Ces liens entre ce qui s’est passé dans une salle de tribunal entre le 8 janvier et le 11 février 1971 et ce qui se passe aujourd’hui rendent la création sur scène du procès des Cinq fascinante. Souvent très drôle, parfois émouvante, ailleurs étonnante. Mais toujours captivante.
Parenteau incarne un Michel Chartand plus vrai que nature, Vanasse est très solennel en Pierre Vallières et Patenaude a le rôle ingrat du juge Ouimet. Photo Alain Décarie

Ce sont ces liens également qui ont mené les Zapartistes à jouer sur scène des extraits du procès, comme Christian Vanasse l’expliquait à Rue Frontenac il y a quelque temps.

Ces extraits sont également regroupés dans une plaquette publiée chez Lux. Le spectacle des Zapartistes marquait le lancement du livre, préfacé par Louis Hamelin, qui signe lui-même un roman sur la Crise d’octobre, La constellation du Lynx.

Michel Chartrand is alive and well…

Mais revenons à nos moutons. Nommément François Parenteau, François Patenaude et Christian Vanasse, les trois acteurs de cette joute oratoire de haute tenue. Parenteau incarne un Michel Chartand plus vrai que nature, Vanasse est très drôle quand il revêt la toge de Me Lemieux, très solennel en Vallières. Patenaude, lui, a le rôle ingrat : il manie le maillet du juge Ouimet.

D’ailleurs, ce dernier doit à l’occasion ramener le public du Lion d’Or à l’ordre. Un peu comme le vrai juge a dû le faire il y a 39 ans, allant jusqu’à évacuer la salle et imposer le huis-clos.

Les échanges entre l’un ou l’autre des accusés et le juge – des soliloques, plutôt – sont brillants. De la haute voltige. De

quoi nous faire regretter le style plutôt terne de nos personnalités publiques aujourd’hui.

Avouons en terminant qu’il y avait quelque chose de terriblement jubilatoire pour le lock-outé que je suis de voir ces gens tenir tête à la cour, se tenir debout face à un système fabriqué pour les mettre à genoux, dénoncer à voix haute ces mensonges qu’on voulait faire passer pour des vérités.

«Faut crier quand t’es dans le trou», entend-on Michel Chartrand, le vrai, à la fin du spectacle. Le cri que Chartrand et ses compagnons d’infortune ont lancé il y a 40 ans se fait encore entendre aujourd’hui. Merci aux Zapartistes de nous avoir ouvert les oreilles.
Patrick Gauthier, Rue frontenac, 5 février 2010

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