Recension de «Pour une anthropologie anarchiste»

Publié le 29 septembre 2022, dans Revue de presse Recension de «Pour une anthropologie anarchiste»

L’idée qu’une révolution ne peut se limiter à un basculement effectué à un instant précis, mais nécessite au contraire un patient processus de construction de structures à même de remplacer les États, semble désormais être davantage répandue au sein de la gauche radicale : la théorie marxiste n’est plus aussi omniprésente que par le passé, et nombre d’idées issues des courants anarchistes ont irrigué les mobilisations de la dernière décennie. Les exemples zapatiste et kurde ont pu montrer qu’une révolution d’inspiration communiste-libertaire est loin d’être utopique. Convaincu que l’anthropologie est la science la plus à même d’épauler un processus de transformation sociale anarchiste — c’est-à-dire collectif, démocratique et refusant toute domination hiérarchique — l’anthropologue David Graeber s’est penché sur la question de savoir « quelle sorte de théorie sociale aurait un intérêt pour ceux qui tentent d’aider à l’émergence d’un monde dans lequel les gens sont libres de se gouverner eux-mêmes ». Il est persuadé que les anthropologues ont « à portée de la main des outils qui peuvent être d’une grande importance pour la liberté humaine ». Son essai propose différents fils à tirer pour finalement définir ce que serait le programme de recherche d’une anthropologie anarchiste. Il se conclut sur une dénonciation des connivences qui lient les universitaires aux différentes structures de domination, et de ce fait les rendent peu enclins à mener une réflexion globale sur la manière de se passer de celles-ci. Les pistes proposées sont riches. Mettant au cœur d’un fonctionnement démocratique anarchiste le processus de décision au consensus, Graeber défend l’idée que les sociétés sans chefs, loin d’être « primitives », ont en réalité fait ce choix en toute connaissance de cause. Leur étude peut fournir des réponses à ce que serait une société anarchiste — en étant toutefois conscient des biais qu’une telle recherche peut occasionner, de la position du chercheur jusqu’au risque de promouvoir une régression primitiviste.

Ballast, 29 septembre 2022.

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