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24 janvier 2016

Quartier libre, 9 septembre 2009

Livre référence:
Robert Rumilly

Dans l’ombre de Duplessis
Entrevue avec Jean-François Nadeau

Activiste d’extrême droite, l’historien français Robert Rumilly militait aussi pour l’indépendance du Québec sous Maurice Duplessis. À l’occasion du 50e anniversaire de la mort de l’ancien premier ministre, Jean- François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir, publie chez Lux Robert Rumilly, l’homme de Duplessis.

Quartier Libre : Selon vous, qu’est-ce qui a poussé Robert Rumilly à quitter la France pour s’installer au Québec en 1928 ?

Jean-François Nadeau : Il pensait qu’il y trouverait une vieille France, plus conforme à son idéal, c’est-à-dire une France qui n’avait pas connu les idées de la Révolution française. « Égalité, Liberté, Fraternité », ce n’était pas son truc. Très rapidement, il a développé des liens avec des hommes politiques. Trois personnages lui ont semblé extrêmement intéressants : Henri Bourassa, qui le refoulera, peu sensible aux idées de l’Action française (mouvement nationaliste et royaliste français) dont Rumilly était adepte, Camillien Houde, le maire de Montréal, qui va devenir son meilleur ami et Maurice Duplessis. C’est ce dernier qui sera sa véritable idole. Il l’appuiera dans tous ses combats politiques.

Duplessis, qui a beaucoup apprécié un livre que Rumilly a écrit en 1948, L’Autonomie provinciale, a invité l’auteur qui a alors trouvé le meilleur porte-voix pour ses idées. Il devient le conseiller informel de Duplessis et va également écrire, de façon détournée, des textes d’éloge et de propagande pour le compte de l’Union nationale.

Q. L. : Votre ouvrage précédent portait sur le grand orateur Pierre Bourgault. Pourquoi vous intéressez-vous cette fois à cet homme de l’ombre qu’est Robert Rumilly ?

J.-F. N. : Ce sujet-là a commencé lorsque j’étais directeur au Quartier Libre. On m’avait mis en contact avec un étudiant espagnol, Gonzalo Arriaga, qui venait de mettre la main sur un fonds d’archive absolument délirant qui appartenait à Robert Rumilly.

À l’époque j’avais 23 ans, cela avait fait scandale. Le passé québécois était un passé qui ne passait pas très bien, en fait. On n’avait jamais regardé cette période de l’engagement québécois au sein de la Seconde Guerre mondiale. Un immense débat public en a découlé. On est passé à la télé, à la radio. C’était important. La première fois que j’ai travaillé au Devoir, c’était à cause de ça, mon premier article était à la Une.

Au fil du temps, j’ai voulu creuser l’histoire de ce personnage parce qu’il avait eu des relations avec absolument tout le monde. Cela me permettait de faire le portrait de l’extrême droite sur deux continents, à une époque donnée. Rumilly permet une confrontation des idées européennes avec les idées locales, il sert de révélateur.

Q. L. : En quoi Rumilly est-il intéressant pour l’histoire du Québec ?

J.-F. N. : Il est un des premiers à documenter vraiment la période allant de 1867 à 1945. Il a notamment écrit une histoire du Québec en 41 tomes.

C’était un personnage très connu et ses livres d’histoire – près d’une centaine – ont été des grands succès de vente. Jusqu’à sa mort en 1983, il était souvent invité par les médias. C’était d’ailleurs un des premiers à utiliser les ondes pour faire valoir l’histoire. Aujourd’hui, il est un peu oublié à cause de ses idées et parce que ses livres n’ont pas été réédités. Pourtant, on est souvent obligé de faire référence à ses travaux.

Q. L. : Recommandez-vous ses écrits ?

J.-F. N. : Non. Je ne recommande pas du tout ce personnage. Rumilly est pour moi une clé qui me permet d’entrer dans un monde que l’on connaît mal.

Anne-Laure Janson
Quartier libre, 9 septembre 2009

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