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Détail de la couverture du livre «Soeurs volées».
1 mai 2015

Pour secouer l’apathie générale

Autochtones assassinée

« Je deviens victime de ta cécité./ Soumise à ton unilatérale/ inattention,/ parce que tu as le privilège/ de la vision sélective » (p. 212). Cet extrait d’un poème d’Helen Knott, publié dans cet ouvrage et écrit pour rendre hommage aux femmes disparues ou assassinées, illustre bien le sentiment d’invisibilité des femmes autochtones au Canada, alors que plusieurs d’entre elles meurent ou disparaissent et que chacune espère ne pas subir le même sort.

Sœurs volées donne chair aux statistiques sur les femmes autochtones disparues ou assassinées depuis 30 ans au Canada. En racontant l’histoire de Maisy Odjick et Shannon Alexander, toutes deux disparues le 6 septembre 2008, la journaliste Emmanuelle Walter nous permet de saisir toutes les dimensions de la situation. Découvrir les aspirations et les rêves de ces deux jeunes filles ainsi que le désarroi de leurs proches contribue à briser l’anonymat de ces crimes. Ces deux adolescentes anishnabes, l’une de Kitigan Zibi et l’autre du village voisin, Maniwaki, font partie des 1181 femmes autochtones assassinées ou disparues depuis 1980, selon le plus récent recensement publié par la GRC en 2014. Ces disparitions ont lieu bon an, mal an, sans couverture médiatique et dans l’indifférence quasi générale – alors que « proportionnellement, 1181 femmes autochtones représentent environ 30 000 femmes canadiennes » (p. 11).

Pourtant, cela fait de nombreuses années que les familles et les proches de ces femmes autochtones demandent justice. Depuis 2006, les familles de ces sœurs en esprit se rassemblent le 4 octobre pour commémorer la mort de Gladys Tolley, renversée par une voiture de la Sureté du Québec. Une autre commémoration se déroule le 14 février, initiée en 1991 par des femmes autochtones de Vancouver. Des marches sont aussi organisées dans plusieurs villes du Canada pour demander qu’une enquête publique soit menée sur les causes de cette violence vécue par les femmes autochtones.

Ces manifestations sont des moments pour rencontrer les proches de ces femmes et échanger avec eux. De rares occasions qui leur permettent d’exprimer leurs doléances et de partager leur chagrin. Dans Sœurs volées, l’auteure donne la parole aux proches : à la mère de Maisy qui refuse de baisser les bras, aux deux pères en colère, aux grands-mères, aux frères et sœurs, aux amis qui, tous, souffrent de la disparition des jeunes filles, de ces sœurs qui leur ont été volées.

Récemment, l’Organisation des États américains (OÉA) a ajouté sa voix à plusieurs autres organisations internationales pour réclamer une commission d’enquête nationale sur la question. Cette commission devra avoir un mandat qui permette aux familles des victimes et à leurs communautés de témoigner de la perte d’un être cher, de la discrimination dont elles sont victimes de la part des forces de l’ordre et des problèmes sociaux qui les affligent. Le gouvernement fédéral refuse la tenue d’une telle enquête. Il a plutôt opté pour la création d’une table ronde nationale sans consulter les familles des disparues et les groupes de femmes autochtones, question, sans doute, de gagner du temps.

Ce livre rend compte de l’indifférence et de l’impunité face à cette violence et, surtout, du chagrin de ces familles. Espérons qu’il secouera l’apathie générale et contribuera à forcer les gouvernements à rompre avec les politiques d’assimilation, dont la violence vécue par les femmes autochtones est une des plus funestes conséquences.


Louise Dionne, Relations, mai-juin 2015.

Lisez l’original ici.

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