Plus que jamais, la parole de celles et ceux qui subissent l’histoire est nécessaire
Récit d’une enfance aragonaise, de l’arrivée de la révolution et de la collectivisation, à l’exil. En 1936, lorsque la Guerre civile éclate, María Sesé Savisé a 14 ans. Elle a grandi à Angües, village de 1000 habitants et habitantes, où s’est implantée la Confédération nationale du travail (CNT).
Lors du soulèvement franquiste, deux de ses frères sont arrêtés et exécutés, tandis que les familles fuient dans la montagne en attendant que la Garde civile soit chassée par les miliciens.
Les fermes abandonnées par les patrons sont collectivisées. Le travail est désormais organisé collectivement et les denrées alimentaires redistribuées. « Avec la collectivité ont disparu la grève, la propriété, l’argent, les ordres et l’égoïsme. » Le choix des petits propriétaires qui préfèrent l’indépendance est respecté, et une part des réserves leur revient, car « la collectivité a pour base la liberté ».
Le village est bombardé. Son dernier frère, mobilisé sur le front proche, meurt. Les soldats manquent de munitions et se replient. Face à la progression des troupes franquistes, comme toutes et tous les autres villageoises et villageois, María et ses parents sont évacuées. Ils et elles subissent de nouveaux bombardements sur la route, sont séparées, repoussées jusqu’à Barcelone, Gérone… et comprennent « qu’à partir de là, une autre page de [leur] histoire allait commencer ».
Avec sa mère, María se retrouve à Belle-Île-en-Mer, tandis que leur père est retenu sur la plage d’Argelès-sur-Mer. Elles le rejoignent, lorsqu’il trouve un emploi d’ouvrier agricole à Sainte-Valière, dans l’Aude. Maria aussi travaille, se marie et élève ses enfants. « Malgré cette situation, nous ne nous sommes jamais sentis ni misérables ni pauvres. Nous nous sentions victimes d’une injustice provoquée par des hommes qui se prétendent bons et justes, mais qui ne sont ni l’un ni l’autre, et qui vont jusqu’au crime prémédité, au crime organisé. »
Plus que jamais, la parole de celles et ceux qui subissent l’histoire est nécessaire.
Ernest London (UCL Le Puy-en-Velay), Union communiste libertaire, 29 avril 2026.
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