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ACTUALITÉS

Photo d'une cour d'école.
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5 mai 2026

Pas de culture commune sans une école commune

L’école québécoise à trois vitesses est un recul historique, une injustice socio-économique et un naufrage culturel.

 

Nous soussignés, artistes et professionnels du secteur culturel, réclamons du gouvernement qui prendra le pouvoir au Québec à la suite des prochaines élections générales l’abolition de l’inique système scolaire à trois vitesses, ce « modèle » qui inclut les classes ordinaires des écoles publiques, dévitalisées au profit des programmes sélectifs des écoles publiques, qui font concurrence aux écoles privées subventionnées. En effet, nous n’aurons pas de culture commune sans une école commune.

L’école, faut-il le rappeler, est beaucoup plus qu’un passage obligé pour obtenir un diplôme. Fondamentalement, l’éducation doit incarner une mission culturelle et transmettre un héritage. Or, il est impossible d’y parvenir dans une logique de marché éducatif basé sur les résultats scolaires d’une partie des élèves et la capacité de payer de leurs parents. Ce marché éducatif, au Québec, a pris tant d’ampleur qu’il est devenu le plus inégalitaire au Canada, selon le Conseil supérieur de l’éducation.

Il faut savoir qu’à l’intérieur d’un établissement d’enseignement public secondaire, les élèves des programmes sélectifs (inscrits dans une discipline artistique, en sport-études, à un programme international, etc.), sélectionnés sur la base de leurs notes depuis le primaire et le portefeuille de leurs parents, se retrouvent séparés des élèves des classes ordinaires. Ces derniers, inscrits « en rien », se font traiter de « BS » et de « bougons » par les élèves des programmes sélectifs, lesquels se font dire qu’ils constituent « l’élite de demain »…

Vous êtes sceptique ? Voyez les témoignages recueillis par le professeur de sociologie Christophe Allaire Sévigny dans son essai Séparés mais égaux. Enquête sur la ségrégation scolaire au Québec (Lux, 2025). Les élèves des classes ordinaires, discriminés tels des citoyens de seconde classe, se voient interdire l’accès à des cours et à des activités scolaires qui les ouvriraient, entre autres, à l’univers des arts. Ils se retrouvent donc exclus d’une culture commune, laquelle se délite à cause de la ségrégation scolaire. Un cercle vicieux.

Une régression

L’éducation québécoise à trois vitesses efface des progrès survenus pendant la Révolution tranquille. Notre société revient à la case départ, avec un système éducatif qui ressemble de plus en plus à celui des années 1950, lorsqu’une minorité bénéficiait d’une formation préuniversitaire (dite classique : latin, grec ancien, belles lettres, philosophie, rhétorique, etc.) et d’études supérieures, à condition de payer. À l’époque, la sous-scolarisation et un taux de décrochage élevé limitaient la mobilité sociale.

En croissance depuis les années 1990, l’école québécoise à trois vitesses est un recul historique, une injustice socio-économique et un naufrage culturel. Dès que possible, notre société doit recentrer l’éducation autour d’une culture (et d’une langue) en partage, amener les élèves provenant de milieux différents à vivre ensemble la même aventure éducative et humaine. Ce qui renforcera le sentiment d’appartenance et la cohésion sociale, facilitera le dialogue social autour de valeurs et de référents communs, réduira les inégalités économiques et soutiendra la démocratie.

Sans une école commune où tous les élèves ont la possibilité de s’éveiller aux arts, les citoyens sont condamnés à s’atomiser et la société, polarisée, devient trop difficile à gouverner.

Un enjeu électoral

L’organisation de la société civile École ensemble, fondée en 2017 par des parents d’élèves, propose un plan détaillé pour refonder une école commune : inviter les écoles privées à devenir des écoles conventionnées (qui seront financées à 100 % par l’État, comme les écoles publiques), les regrouper avec les écoles publiques dans un réseau commun qui ne pourra plus sélectionner ses élèves ni imposer de droits de scolarité, le tout selon une carte scolaire révisée. Ce projet est notamment soutenu par des fondations, des syndicats (CSN, CSQ, FAE), des organismes de lutte contre le décrochage ainsi que les membres du Parti québécois et de Québec solidaire.

Refonder une école commune n’est pas un luxe idéologique, c’est une condition essentielle pour une nation qui souhaite préserver sa culture et sa langue.

Le Québec sera bientôt appelé aux urnes. Nous demandons au prochain gouvernement de permettre à nos enfants d’apprendre ensemble.

 

* Ont cosigné cette lettre (liste complète) : Mélikah Abdelmoumen, romancière et essayiste ; Amélie Badier, productrice au contenu ; Jean Beaudry, cinéaste ; Guillaume Beauregard, auteur-compositeur-interprète ; Irem Bekter, autrice-compositrice-interprète ; Sophia Belahmer, réalisatrice ; Peter Belland, artiste en arts visuels ; Geneviève Blouin, autrice et éditrice ; Julien Boisvert, cinéaste ; Liliane Boucher, metteuse en scène et autrice ; Bruno Boulianne, cinéaste ; Virginie Brunelle, chorégraphe ; Danie Canty, écrivain, réalisateur, etc. ; Richard Carrière, auteur, compositeur de répertoires pour le milieu scolaire ; Olivier Choinière, auteur et metteur en scène ; Julie Collin, libraire et animatrice radio ; Luc Dagenais, auteur et éditeur ; Mireille Dansereau, cinéaste ; Louise Desjardins ; Marcelle Dubois, directrice artistique ; Simon Dugrenier, enseignant ; Bernard Émond, cinéaste ; Carlos Ferrand, cinéaste ; Anne Fleischman, écrivaine ; Gabrielle Forest, travailleuse culturelle ; Geneviève Gagné, metteuse en scène ; Jean-Pierre Guillet, auteur ; Marilyse Hamelin, autrice ; Julie Hétu, autrice, scénariste, artiste et éditrice ; Xavier Huard, codirecteur artistique ; Fred Jourdain, artiste ; Hélène Laforest, écrivaine ; Jacques Laroche, théâtre ; Hugo Latulippe, cinéaste ; Jean-Sébastien Leblanc, musicien ; Julie Le Breton, comédienne ; Jean Pierre Lefebvre, cinéaste ; Mathieu Lepage, auteur et comédien ; Anne-Marie Levasseur, comédienne ; Janis Locas, autrice ; Yannick Marcoux, éditeur-auteur ; Jean-Sébastien Marsan, auteur ; Maude Ménard-Dunn, autrice et enseignante ; Robert Morin, cinéaste ; Bryan Morneau, acteur, metteur en scène, enseignant en art dramatique ; Marysa Nadeau, enseignante ; Orbie, autrice et illustratrice ; Johanne Prégent, réalisatrice et scénariste ; Steve Proulx, auteur ; Marie-Christine Quenneville ; Vanessa Quintal, réalisatrice et autrice ; Michel Rabagliati, auteur ; Annie Ranger, comédienne ; Yvon Rivard, écrivain, professeur retraité Université McGill ; Claudine Robillard, autrice scénique et performeuse ; Joanne Rochette, autrice ; Marie-Eve Roy, autrice-compositrice-interprète ; Danielle Smith, productrice déléguée ; Annie-Claude Thériault, autrice ; Christiane Vien, autrice et scénariste ; Sandra Wong, artiste multidisciplinaire, enseignante.


Jean-Sébastien Marsan, Le Devoir, 5 mai 2026.

Photo: Marie-France Coallier, archives Le Devoir

Lisez l’original ici.

 

TITRE ASSOCIÉ

  • Couverture du livre «Séparés mais égaux».

    Séparés mais égaux

    Christophe Allaire Sévigny

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