ACTUALITÉS

24 janvier 2016

L’Humanité. 19 juin 2010

Livre référence:
La mentalité américaine

Les clés d’un historien rebelle pour ouvrir 
les portes des mentalités américaines

Comprendre, saisir ce qui, dans la culture des États-Unis, apparaît si différent de la réalité sociale française. Ce petit livre qui réunit trois conférences de l’historien Howard Zinn, disparu au début de l’année, donne des clés pour pénétrer dans ces mentalités américaines (le pluriel est plus exact) que l’auteur fait remonter aux pères fondateurs. Ces grands propriétaires de plantations et d’esclaves écrivent en effet, dans le texte de la Constitution de 1787, une ode à la « liberté » et à la « démocratie », afin de se libérer du carcan de la monarchie britannique et des freins imposés au développement du marché. Une Constitution dont les premiers mots, «
Nous le peuple…», sont écrits au moment même où les paysans se révoltent contre des taxes levées au nom du droit de propriété, alors même qu’on vend et achète les Noirs comme des marchandises. Les treize colonies sont dès l’origine marquées par les contradictions de classe qui hantent depuis, selon Zinn, l’imaginaire du pays.
L’auteur distingue trois dogmes qui prévalent dans la mentalité américaine. La famille, «nous le peuple», cette «belle et grande famille» à laquelle tous les citoyens appartiendraient pour assurer la prospérité promise par la Constitution, une prospérité vouée au bien commun (dont sont exclus Noirs et Indiens) et censée conférer à ce pays un caractère exceptionnel le légitimant comme modèle. S’y enchaîne le second élément: le patriotisme. Un état d’esprit qui explique, selon Zinn, l’aveuglement à l’égard de l’aventurisme militaire. Troisième marqueur: la recherche d’un chef, d’un sauveur, que confirme à sa manière l’élection historique du président Obama. Cet événement ouvre en même temps des opportunités nouvelles au mouvement social, comme ce fut le cas en 1930 avec Roosevelt, ou en 1960 avec Johnson, et susceptibles d’obliger le gouvernement à «changer le cours des choses». Zinn rêve de voir les États-Unis se transformer en «superpuissance humanitaire» parvenant à briser le silence consensuel entretenu sur la lutte des classes et le conformisme de l’histoire officielle.
 Au long de ces textes revient l’opposition intransigeante à la violence de l’ancien pilote qui participa aux bombardements sur les villes allemandes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Autant d’épisodes qui l’ont convaincu de soutenir le «droit à la rébellion» contre l’injustice, contre les guerres du Vietnam, d’Irak, ou celles menées par les États-Unis en Amérique latine. Un droit à la rébellion collective, qui, à l’exemple de Martin Luther King, s’est montrée capable de briser une loi injuste légitimant le racisme. Car, pour Zinn, «le critère suprême n’est pas la loi mais la justice».

Jacques Coubard, L’Humanité,19 juin 2010

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