ACTUALITÉS

Photo de Gérald Godin.
21 octobre 2023

Les neuf vies de Gérald Godin

Narrer la vie de Gérald Godin (1938-1994), ce n’est pas raconter une seule, mais plusieurs existences, et ce, malgré une mort précoce, à seulement 55 ans. Godin le politicien, Godin le poète, Godin le professeur à l’UQAM ou Godin le journaliste, l’homme fut tout cela à la fois et bien plus encore si l’on en croit la première biographie consacrée au Trifluvien et signée par l’historien Jonathan Livernois.

Le professeur d’histoire littéraire et intellectuelle à l’Université Laval, qui a bénéficié d’un libre accès aux archives familiales, brosse ici le portrait d’un personnage surprenant et résolument moderne. Ce n’est pas un hasard si la députée Ruba Ghazal signe la préface ; tous les deux ont représenté les électeurs de Mercier dans le Plateau Mont-Royal. Cette dernièrerappelle d’ailleurs la proximité de Godin avec les communautés culturelles, sa façon qu’il avait d’entrer en contact avec elles, même s’il ne s’agissait pas d’un électorat acquis à la cause souverainiste.

Mais le livre fourmille aussi de détails moins connus sur la vie de Godin, comme sa passion pour la peinture qu’il a pratiquée plus jeune avec un certain talent, puisqu’il gagne à 19 ans le premier prix en peinture du Séminaire.

Au-delà des anecdotes, l’historien revient sur le grand sens politique de Godin, loin de l’image du « poète égaré » qu’on lui colle sur le front très tôt et dont il entretiendra lui-même le mythe. Il reste que le « provincial monté en ville » — connu pour sa promotion d’un nationalisme québécois contemporain, décomplexé et humaniste — rentre dans l’arène politique par la grande porte. Durant la campagne électorale de 1976, Godin réussit contre toute attente à déloger l’inamovible Robert Bourassa, alors premier ministre sortant et député de la circonscription de Mercier depuis 1966.

Ses facultés de persuasion, jouant la carte de la proximité et du terre à terre, s’inspirent des méthodes de Maurice Duplessis, l’ancien premier ministre du Québec, lui aussi originaire de Trois-Rivières. « Godin l’a connu de près. Il a vécu sa jeunesse à 64 mètres de sa maison. Les deux hommes ont donc en partage un lieu d’origine, mais aussi un style, une forme de gaminerie », écrit Jonathan Livernois. L’auteur mentionneque Godin est toujours resté attaché à son coin de pays. Il n’a jamais rompu avec son passé et son identité trifluvienne, allant jusqu’à faire preuve, comme le qualifie l’auteur, d’un « duplessisme de gauche ».

À la lecture de cet ouvrage très fouillé, on comprend que le parcours immense de Gérald Godin, poète et député du Parti québécois de 1976 à 1994 est unique dans les annales de notre histoire, mais il représente aussi le fruit d’une époque. Fier nationaliste et amoureux des lettres, Godin plonge tête première dans le bouillonnement de la Révolution tranquille. À titre d’éditeur de la maison Parti pris, il décide en 1968 de publier Nègres blancs d’Amérique. Pendant la crise d’Octobre de 1970, il sera arrêté avec sa conjointe de toujours, la chanteuse Pauline Julien. Le poète devient prisonnier, une révolte qui ne le quittera plus jamais.


Ismaël Houdassine, Le Devoir, 21 octobre 2023.

Photo: Gérald Godin à Majorque. Archives familiales.

Lisez l’original ici.

Inscrivez-vous à notre infolettre

infolettre

Conception du site Web par

logo Webcolours

Webcolours.ca | © 2024 Lux éditeur - Tous droits réservés.