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24 janvier 2016

Le Soleil, 7 avril 2010

Livre référence:
L’alouette affolée

Une école en France au nom de Gilbert «Gilles» Boulanger

(Québec) Au début de juin, au moment où il célébrera son 88e anniversaire de naissance, Gilbert «Gilles» Boulanger sera honoré par la ville de Courseulles-sur-Mer, en Normandie, où une école portera son nom.

Gilbert Boulanger lancera vendredi son livre L’Alouette affolée, publié aux éditions Lux, lors du Salon du livre de Québec.

«Lorsque j’ai eu la demande en novembre, j’ai cru qu’on me faisait une blague, raconte-t-il lors d’une entrevue téléphonique. Mais c’était sérieux. On me demandait d’accepter que l’on donne mon nom à une école, pas une petite école perdue au bout d’une rue. Une grande école élémentaire qui comporte six pavillons.»

Dans sa voix ferme, on sent l’homme d’expérience qui se laisse peu impressionner par les petits vents de travers. «Vous savez, c’est symbolique. Ce geste représente l’apport de tous les soldats morts lors du débarquement de Normandie. Ce n’est pas moi seulement, lance-t-il humblement. J’ai bombardé Courseulles-sur-Mer lors du débarquement, mais je n’ai jamais mis les pieds en France pendant la guerre.»

C’est tout un honneur dont il est très fier, malgré son allusion à la symbolique, car il ne se souvient pas qu’une école ait porté le nom d’un soldat. Des routes, des rivières, des édifices, mais une école, non.

Il verra la France plus tard. Et, il y a quelques années, lors d’une cérémonie dans une autre ville de Normandie, Coutances, pendant que le maire accueille ce vétéran de la guerre, il raconte que le bombardement par les alliés a fait 300 victimes chez les civils et détruit 1000 maisons.

Au cours des cinq semaines d’affrontement après le débarquement, les combats entre les deux armées belligérantes ont fait 14 000 victimes chez les civils. «C’est dur à entendre parce que dans ma tourelle de mitrailleur dans le bombardier, je ne savais pas ce qui se passait réellement au sol. Ça m’a rendu triste. À ce moment, une dame âgée dans l’assistance près de moi me prend par le bras pour me dire : « Ne soyez pas triste. C’était le prix à payer pour la liberté. » C’est un prix très élevé, dont je n’avais pas pris conscience à ce moment-là.»

Le rêve de devenir pilote

Pour lui, du haut de ses 18 ans, partir à la guerre en 1940, c’était partir à l’aventure. Il n’avait aucune idée des conflits historiques ayant eu lieu en Europe. Son rêve d’adolescent, c’était de devenir pilote. Or, à cause de sa scolarité, ça semblait difficile. Il a dû apprendre l’anglais en quelques mois à Québec, avant de partir pour l’Île-du-Prince-Édouard, puis à Cap-Breton pour sa formation militaire.

Sur place, il apprend que les critères de sélection ont été modifiés quant à la scolarité. Il passe les examens et est accepté. Par contre, la liste d’attente est de six mois. Il change d’option et devient mitrailleur. La formation se donne à Saint-Jean-Port-Joli, près de la ville de Montmagny, où il est né. Et il vivra son rêve dans une tourelle où les quatre mitrailleuses tirent 1250 projectiles à la minute pour protéger le bombardier des tirs des avions ennemis. Il fera 38 raids, dont deux le jour du débarquement, et le dernier le 10 juin 1944. Il sera en route vers le Canada lors que la fin de la guerre sera déclarée.

Héros de la guerre

Héros de la guerre 1939-1945, et après avoir reçu des médailles et des distinctions, Gilbert Boulanger lancera vendredi son livre L’Alouette affolée, publié aux éditions Lux, lors du Salon du livre de Québec. Ce sont ses mémoires de la Seconde Guerre mondiale.

Il avait d’abord écrit vers 2006 une première version d’une sorte de récit de souvenirs pour la famille. Le livre actuel est concentré en 260 pages sur le récit de ses années à la guerre.

À Courseulles-sur-Mer, il sera accompagné de sa soeur Suzanne et de ses frères Marcel et Denis. Dans les jours qui suivront, il donnera des conférences dans des lycées, à l’Université de Caen et au musée de Juno en compagnie de l’historien Sébastien Vincent.

S’il n’a pu réaliser son rêve d’être pilote dans l’armée, il a tout de même obtenu son brevet de pilote en 1946. Il est même à l’origine du premier service de navette aérienne entre Montmagny et l’Isle-aux-Grues. Il quittera Montmagny en 1948 pour devenir représentant de la compagnie P.L. Robertson (les inventeurs de la vis à tête carrée), à Montréal, puis à Granby. Il s’est établi à Sherbrooke en 1961 où il vit depuis et où il a fondé l’agence de voyages Escapade.

Il conduit toujours son automobile et il possède toujours un avion. Pendant l’entrevue, il souligne qu’il partira faire une tournée des Maritimes avec son avion cet été. Il a fondé le rallye des Faucheurs de marguerites qui réunit chaque année entre 200 et 300 passionnés de l’aviation à l’aéroport de Sherbrooke pendant deux jours.

Toutefois, si ce héros de la guerre est reconnu et honoré en France encore aujourd’hui, il se souvient de son retour à Montmagny après la guerre. Personne ne savait vraiment qu’il était un héros. Dix jours plus tard, ses exploits à la guerre étaient oubliés autant par l’armée que par le gouvernement canadien. Lui, officier décoré par le roi, rappelle-t-il, comme des milliers d’autres soldats, passait de héros à simple inconnu. Son livre rappelle les actions des soldats de l’escadrille canadienne-française Alouette, où il a connu l’ancien maire de Québec, Gilles Lamontagne, à l’origine de la création de la seule escadrille canadienne-française de la Seconde Guerre mondiale.

Yves Therrien, Le Soleil,
7 avril 2010

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