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24 janvier 2016

Le Monde, 9 mars 2010

Livre référence:
Histoire de la Révolution mexicaine

Histoire de la révolution mexicaine, de Jesus Silva Herzog : les Mexicains fêtent la révolution

Le Mexique célèbre en 2010 le bicentenaire de son indépendance – pourtant acquise en 1821 – et le centenaire de la révolution de 1910. Un éditeur québécois désormais distribué en France a eu la bonne idée de republier l’Histoire de la révolution mexicaine, de Jesus Silva Herzog, qui avait fait l’objet d’une première traduction française chez François Maspero, en 1968.

L’ouvrage a le charme de l’histoire événementielle enrichie par le témoignage. L’auteur a été un jeune observateur des faits qu’il décrit scrupuleusement. Silva Herzog a le sens des formules, quand il évoque dans un premier chapitre sur la concentration de la terre « trois paroles tragiques dans l’histoire du Mexique : hacienda, sacristie, caserne ».

Il émaille son texte de portraits des chefs révolutionnaires, Francisco Madero, Pancho Villa ou Venustiano Carranza. Il cède volontiers la parole à d’autres témoins, qu’il cite longuement, et aux programmes politiques qui reflètent l’évolution des événements.

L’auteur s’est ménagé un happy end, en arrêtant son récit à l’adoption de la Constitution de 1917, ayant mis un terme provisoire à la dispute des caudillos qui a ensanglanté le Mexique. Or, ces déchirements allaient trouver un prolongement dans la guerre des Cristeros (1926-1929), le conflit entre des paysans catholiques et un pouvoir dévoyé qui invoquait sa légitimité révolutionnaire. Les optimistes considèrent le sursaut nationaliste du général Lazaro Cardenas (1934-1940) comme la phase ultime de la révolution.

L’historiographie s’est complexifiée depuis Silva Herzog. Le Français Jean Meyer a mis en lumière les enjeux des Cristeros. Adolfo Gilly a interprété la dynamique sociale sous le prisme d’une « révolution permanente » inaboutie, alors que d’autres marxistes restaient dans l’orbite du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir presque aussi longtemps que le Parti bolchevique.

La révolution mexicaine continue à fasciner les historiens, les écrivains, les cinéastes, comme jadis les peintres muralistes.

En définitive, le « court XXe siècle » latino-américain a commencé en 1910 avec le soulèvement des Mexicains contre la réélection présidentielle. Paradoxe, le XXIe siècle débute en Amérique latine par une fièvre de réélections. La perpétuation du pouvoir entre les mêmes mains aurait-elle changé de signification entre-temps ?

HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION MEXICAINE de Jesus Silva Herzog. Postface de Felipe Avila Espinosa. Lux, 320 p., 20 euros.

Paulo A. Paranagua, Le Monde,
9 mars 2010

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