Le Feuilleton théorique de Deneault dans Nuit blanche

Publié le 1 juillet 2020, dans Revue de presse
Bien avant de désigner des réalités reliées à la production de biens, aux échanges commerciaux et à la thésaurisation de capital, le terme «économie» s’est appliqué à diverses notions, notamment à la qualification de l’harmonie et de la beauté dans les œuvres d’art ou les discours.

Dans ce troisième volet de son Feuilleton théorique, le philosophe, essayiste et professeur universitaire Alain Deneault présente le mot «économie» comme «une puissante métaphore, mais surtout comme le nom même d’un régime de production des métaphores». Il rappelle que ce terme s’est autrefois appliqué à diverses réalités «économiques» reliées à l’art, ou au discours, qu’il soit écrit ou oral (économie oratoire), et qu’il porte sur une façon générale de penser.

L’auteur réfère également à l’oikonomia, en tant que principe supérieur dans le système patrimonial de la Grèce antique, tenant du rapport autoritaire entretenu par le maître des lieux avc les autres membres d’une maisonnée. Ceci à l’image de la suprématie exercée par Zeus vis-à-vis des autres dieux. L’économie est alors considérée comme une science générale des rapports. Elle portait, dans la culture hellénique, sur les domaines foncier, agricole, social et civique, de façon large et complexe.

Dans cette conception, le terme conserve une signification encore en usage aujourd’hui puisque cette oikos (maison) peut se révéler économe en luxe et en excès en reflétant plutôt la juste mesure, la frugalité et la pondération, ce qui n’empêche aucunement le confort. À une échelle plus large, ce concept, s’appliquant à l’ensemble des maîtres qui se réunissaient pour décider des orientations de la cité, devenait l’économie politique.

Par ailleurs, dans une métaphore, l’argent évoqué dans les œuvres littéraires «ne vaut que ce qu’il advient de lui dans le jeu, au centre de rapports de force brutaux». L’argent fait ici un retour, de façon circulaire, dans une économie qualifiée d’esthétique.

Dans ce troisième volet de la série, Alain Deneault ramène à la mémoire de ses lectrices et lecteurs des acceptions méconnues ou quasi oubliées du terme «économie», reliées à l’esthétique dans les arts oratoires, littéraires, cinématographiques, musicaux, etc. «L’économie esthétique reste [cependant] une composante de l’intendance marchande et de la gouvernance d’entreprise […].»

Gaétan Bélanger, Nuit blanche, no 159, été 2020.