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24 janvier 2016

Le Devoir, 5 février 2011

Politique – Quand Chomsky s’en prend à Obama…

En décembre dernier, Noam Chomsky soutient Julian Assange, artisan de WikiLeaks, le site Web controversé qui dévoile des secrets politiques. Rien d’étonnant à ce que l’essayiste défende cette source parallèle, lui qui reproche à la Maison-Blanche de souvent présenter, avec l’aide des médias, le point de vue présidentiel comme celui du peuple américain. Le dernier livre de Chomsky montre que Barack Obama excelle dans l’art de la tromperie…

Cet essai, Futurs proches, a un sous-titre, Liberté, indépendance et impérialisme au XXIe siècle, qui en résume bien le contenu: riche, fouillé, diversifié. L’évolution des rapports entre les États-Unis et le reste du monde, en particulier une Amérique latine tournée vers un avenir démocratique prometteur (du Venezuela de Hugo Chávez au Brésil de Lula, en passant par la Bolivie d’Evo Morales), s’y trouve exposée avec autant de lucidité que d’espoir.

Mais pourquoi Obama, ce président démocrate noir, dont l’élection «constitue, selon Chomsky, une formidable démonstration de l’impact du militantisme des années 1960», n’est-il pas à la hauteur de la ferveur populaire qu’il a suscitée? C’est qu’un seul homme ne peut guère changer le système qui le produit. Au chapitre des relations internationales par exemple, les démocrates et les républicains ne sont pas à vrai dire au diapason des citoyens.

Chomsky l’observe avec acuité: «La position des deux grands partis politiques est en général nettement plus belliciste que celle de la majorité de la population américaine.» La partialité du démocrate Obama se manifeste en particulier dans le maintien de l’attitude très pro-israélienne de Washington au sujet du conflit judéo-arabe. Le président actuel, par son ton réfléchi, ses omissions habiles et ses équivoques courtoises, laisse croire que sa position diffère énormément de celle de George W. Bush. Or il n’en est rien.

À propos de la pression territoriale que les Israéliens exercent sur les Palestiniens, les reproches de Chomsky deviennent virulents: «Si Obama était le moindrement sérieux dans son opposition à l’expansion des colonies de peuplement, il pourrait facilement prendre des mesures concrètes, comme amputer l’aide financière américaine des sommes affectées à ce poste.» L’essayiste juge que les silences calculés d’Obama ont plus d’effet que les bons sentiments que celui-ci exprime avec une éloquence convenue.

Ils entérinent en Israël une situation qui, pour Chomsky, «ressemble de plus en plus à celle qui régnait en Afrique du Sud il y a 40 ans»: une sorte d’apartheid. L’accusation est grave. Sous la plume du vieil analyste politique érudit, elle jouit d’une autorité que l’on ne conteste pas à la légère.

Mais on préférera insister sur l’aspect le plus positif du livre: la possibilité que l’Amérique latine échappe à l’hégémonie de Washington en renforçant un réseau international de solidarité pour rééquilibrer le monde.

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Michel Lapierre, 5 février 2011
Collaborateur du Devoir

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