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24 janvier 2016

Le Devoir, 10 avril 2004

Livre référence:
Le marché de droit divin

Le divin marché

Nous sommes en 1999. Vous travaillez dans le secteur des télécommunications. Votre employeur vous annonce ce que vous croyez être une bonne nouvelle en ces temps d’euphorie boursière: vous serez dorénavant payé sous forme de stock-options. Après tout, n’est-ce pas là une façon de prendre le contrôle de l’entreprise? Ce «communisme.com» est la voie de l’avenir, entend-on sur toutes les tribunes. Quant au patron, il est par trop fier de pouvoir diminuer le montant de sa masse salariale, faisant grimper d’autant plus la valeur de l’action de la compagnie. Tout le monde y gagne, en somme.

Ce raisonnement, pour le moins spécieux quant on sait que les stock-options ont permis à plusieurs chefs d’entreprise d’être rémunérés 475 fois plus que le salarié moyen, est la cible de Thomas Frank. Qualifiée par l’auteur de «populisme de marché», la pensée managériale de la précédente décennie promettait d’en finir avec la hiérarchie et l’élitisme d’autrefois. Désormais, nous étions entrés dans une ère de proximité: les patrons nouveaux renonçaient «aux cravates et aux costumes sinistres» et «allaient au bureau à vélo». Bref, ils étaient «comme nous».

Le credo des populistes, affirme l’essayiste, était des plus limpides: «Le marché était naturellement démocratique et exprimait à la perfection la volonté populaire au travers de mécanismes de l’offre et de la demande, des sondages et des focus groups, des supermarchés et de l’Internet.» Et tant pis pour les snobs et les arrogants qui pensaient différemment. En un aussi curieux que surprenant retournement de situation, nous explique l’essayiste, ceux qui militaient pour plus de justice sociale étaient maintenant considérés comme des élitistes détachés du peuple et de ses besoins: «Rien qu’en tentant de résoudre certains problèmes ils commettent le péché d’orgueil et font preuve d’arrogance, autant d’offenses inexcusables commises à l’encontre de la démocratie.»

Avec les scandales qui ont éclaboussé le monde des affaires depuis quelques mois, il est permis de croire que les jours du «populisme de marché» sont comptés. Écrit au début de 2001, mais tout récemment traduit, l’ouvrage ne peut donc en tenir compte, et c’est dommage. Le collaborateur du Monde diplomatique nous livre un ouvrage un brin démagogique par moments mais toujours original, en plus d’être doté d’un humour d’une rafraîchissante causticité.

Francis Boucher
Le Devoir, 10 avril 2004

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