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24 janvier 2016

Le Couac, février 2006

Livre référence:
Tout doit disparaître

Bienvenue au SNC-Lavalinland

Les bienfaits de la « réingénirie » de l’État, plus pompeusement appelée la « bonne gouvernance », qui consiste à réduire et les impôts des plus riches et la taille de la fonction publique en privatisant les services, tient de l’idéologie à l’état pur et n’a jamais été démontrée, soutient Gaétan Breton, dans Tout doit disparaître, son dernier livre.

Selon Jean Charest, « le Québec est très en retard sur l’ensemble des pays développés pour ce qui est des partenariats public-privé ». Gaétan Breton constate, preuves à l’appui, que ce retard est plutôt un avantage, vu les nombreux échecs des PPP là où ils ont été implantés.

En signant les traités de libre-échange, les politiciens ont abandonné une partie de la souveraineté de l’État aux mains d’organisations du commerce internationales privées, sans aucune légitimité démocratique. La mondialisation place les entreprises au-dessus de l’État. Les politiciens sont redevenus les marionnettes de l’establishment capitaliste qu’ils étaient pendant la révolution industrielle du XIXe siècle. « La politique et ceux qui la font, sont devenus des biens de consommation mis en marché par des firmes spécialisées dans la vente de produits », écrit Breton.

Ces firmes de relations publiques, dont le discours est relayé par la presse commerciale concentrée à grand tirage, martèlent les théories fumeuses des think tanks néolibéraux financés par les grandes entreprises. Ces théories postulent qu’il faut diminuer la dette et le déficit de l’État pour assainir les finances publiques, en réduisant la taille de la fonction publique et en privatisant les services. Pourquoi privatiser les services ? Parce que les entreprises privées sont plus efficaces (sous-entendu moins chères). Pourquoi sont-elles plus efficaces ? Parce que les dirigeants sont motivés (par le profit), alors que les fonctionnaires sont inefficaces, puisqu’ils ne tirent aucun bénéfice personnel de leur travail. Le but ultime de l’opération étant, bien sûr, de diminuer les coûts des services et la charge fiscale des contribuables et donc théoriquement de les enrichir.

C’est une grosse menterie idéologique ! Partout où les PPP ont sévi, les contribuables devenus clients ont subi une augmentation des coûts et une diminution des services privatisés, les infrastructures se sont détériorées, des milliers d’emplois ont disparu et les impôts n’ont pas baissé. Sans compter que le système d’attribution des contrats ouvre la porte toute grande à la corruption.

Si les PPP ne font pas baisser les coûts des services, ni les impôts, et font augmenter le chômage, à quoi servent-ils ? Breton prétend qu’il s’agit en fait d’une manigance pour permettre aux entreprises de faire main-basse sur les services publics en créant l’illusion de la baisse du déficit de l’État. Avec les PPP les entreprises privées se verront confier la conception, la réalisation et l’exploitation des infrastructures. C’est donc l’entreprise qui empruntera pour concevoir et construire un pont, une route, une école ou un hôpital. En retour le gouvernement s’engage à payer un loyer annuel substantiel et à acquérir l’infrastructure à la fin du contrat. L’entreprise ne prend aucun risque puisque l’État garantit ses profits en louant l’infrastructure, et les services à long terme. Le rôle de l’État se limite à celui de percepteur des entreprises auprès des contribuables/consommateurs.

C’est la nature du partenariat : l’entreprise a besoin de l’État pour collecter le contribuable/consommateur directement sur sa paye, pour garantir les profits des services « privatisés » : socialisation des risques, privatisation des profits. Partout où les PPP sont passés, le coût des services a augmenté. Au bout du compte, le gouvernement dépensera plus pour assurer les mêmes services à la population. La dette publique diminuera sur papier, mais les paiements des loyers des infrastructures versés au privé dépasseront les frais actuels de remboursement de la dette et les dépenses du gouvernement augmenteront. Les charges fiscales des contribuables risquent plus d’augmenter que de diminuer. Mais la diminution de la dette publique à court terme servira à manipuler l’opinion publique, et à faire croire au succès des PPP.

Breton s’attaque aussi au mythe de l’inefficacité de la fonction publique québécoise qui a été longtemps le moteur de l’économie, jusqu’à ce que l’État finance grassement les parvenus de Québec Inc, qui veulent aujourd’hui sa perte. Il passe en revue les contradictions du discours néolibéral, et s’interroge sur la légitimité et les responsabilités sociales des entreprises, qui bénéficient de nombreux privilèges tout en n’ayant aucune responsabilité.

« Les PPP vont servir à transformer le Québec en SNC-Lavalinland tout simplement parce que c’est le but du processus », conclut Gaétan Breton. À terme, l’État ne dispensera plus de services et deviendra une grosse agence de collection pour garantir les profits des multinationales. Et ça se lit plutôt bien pour un livre de comptable.

Jacques Bourchard
Le Couac, février 2006

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