La réplique cinglante de Ruba Ghazal au discours de la droite identitaire
Ruba Ghazal craint qu’avec le filet social qui s’est effrité et des écoles où les services sont coupés, les «petites Ruba» n’aient pas sa chance.
Un an après être devenue co-porte-parole de QS, Ruba Ghazal publie Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs, un premier livre où cette indépendantiste raconte son fascinant parcours d’«enfant de la loi 101», comme elle se décrit souvent, et sert une réplique cinglante au discours de la droite identitaire.
Depuis son élection, en 2018, beaucoup de gens lui posaient des questions sur son histoire, confie Ruba Ghazal, qui m’a accordé son premier entretien à propos de ce livre qui tombe à point, et qui paraît le 5 novembre.
L’auteure nous y entraîne sur les traces de ses ancêtres et de ses parents d’origine palestinienne, peuple au destin tragique.
Elle raconte leur courageux exode au Liban, où elle est née, puis à Abu Dhabi, et à Montréal, ville que Ruba et ses sœurs ont préférée, enfants, à Toronto.
Avec monsieur Gilles
Puis, la femme politique nous emmène dans la classe de monsieur Gilles, un professeur marquant de son parcours au Québec, l’école publique constituant selon elle «la clé de l’intégration» des nouveaux arrivants.
Monsieur Gilles «personnifie le Québec qui ouvre les bras et permet aux enfants d’immigrants et leurs parents de s’intégrer au Québec», illustre celle qui ne parlait pas français à son entrée à l’école.
Cet enseignant faisait une obsession, décrit-elle, de mettre les enfants en contact avec la fibre et la texture du Québec. Elle a découvert Félix Leclerc, Passe-Partout, La Guerre des tuques…
Et c’est là que se situe l’essence de son message. Ruba Ghazal craint en effet qu’aujourd’hui, avec un filet social qui s’est effrité et des écoles qui tiennent parfois avec de la broche en raison des coupures, les «petites Ruba» n’aient pas sa chance. Qu’il leur manque le temps et l’espace nécessaires pour embrasser l’identité québécoise.
«Je suis extrêmement inquiète», dit-elle.
Discours négatif
Ce livre, c’est donc aussi une façon pour cette femme politique d’accomplir un devoir, celui de porter la voix du Québec inclusif et accueillant. Le même que défendaient René Lévesque et Gérald Godin, souligne-t-elle.
Elle souhaite ainsi répliquer à cette droite identitaire «défaitiste et repliée sur elle-même», qui fait son chemin au Québec depuis le dernier référendum.
Une droite identitaire décomplexée, qui a détourné le discours nationaliste québécois, et qui représente «un danger pour le Québec, parce qu’elle lui fait mal», assène-t-elle.
Car Ruba Ghazal est d’accord sur le fait qu’on doive assurément discuter des seuils d’immigration. Elle peut aussi très bien comprendre cette peur de disparaître des Québécois.
En revanche, elle estime qu’il y a des limites à tout imputer à l’immigration. Elle reproche à la CAQ «d’avoir donné le ton» là-dessus, et au PQ «son virage dans le discours de l’immigration».
Au lieu de discuter de cet effritement du contrat social qui est né durant la Révolution tranquille, et de travailler pour le rétablir, on préfère blâmer l’immigration car c’est facile, déplore-t-elle.
Camp du Oui
Racontant son étonnant parcours professionnel, Ruba Ghazal revient sur son engagement politique et explique son cheminement indépendantiste.
Pour amener les nouveaux arrivants à croire eux aussi à l’indépendance, il suffit de peu, croit-elle fermement. Elle en revient ici aussi à la classe de monsieur Gilles: il faut le temps et l’espace pour transmettre l’amour du Québec.
Elle croit par ailleurs que l’indépendance du Québec est trop collée à un parti politique. On doit enlever la partisanerie, plaide-t-elle.
À savoir si son parti et elle seraient dans le camp du Oui, elle répond dans l’affirmative. Mais il est encore trop tôt, ajoute-t-elle, et aucune discussion n’a eu lieu.
Karine Gagnon, Le Journal de Montréal, 31 octobre 2025.
Photo: Stevens Leblanc
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