La Commune, un bateau ivre?

Publié le 11 mai 2022, dans Revue de presse

Tel est titre du premier chapitre du livre de M. Léonard intitulé L’ivresse des communards dans lequel il démonte pied à pied le mythe inventé par la réaction versaillaise sur le Communard ivrogne comme elle le fit pour les femmes autour des prétendues pétroleuses. Certes, l’auteur en convient, on a bu durant la Commune comme partout en France et sur tous les fronts d’ailleurs mais en accusant les partageux d’ivrognerie, Thiers et sa clique de fusilleurs évitaient d’en analyser les causes réelles et pouvaient légitimer le bain de sang comme un opération d’hygiène sociale. La littérature de caniveau propagea l’idée que la bouteille était l’« instrument de règne » de la Commune et l’alcoolisme populaire hisser au rang de « pathologie sociale » du moment révolutionnaire théorisé par un monde médical hygiéniste et réactionnaire, chantre d’une régénération nationale. Néanmoins, quelquefois durant la Commune, à l’exemple de la mairie du XVe arrondissement et au cours du temps le mouvement ouvrier se préoccupa aussi du fléau alcoolique, considérant celui comme une cause de résignation sociale. De facto, il s’agissait pour les fusilleurs de calomnier l’œuvre de la Commune et les communards et « d’avilir une population insurgée » en recherche d’égalité sociale et d’émancipation. « Il apparaît donc clairement, selon l’auteur, qu’après 1871, le terme alcoolisme va servir de « mot codé » pour discréditer l’irrationnalité de la classe ouvrière » tout en considérant les « meneurs » de la Commune comme de dangereux illuminés voire comme des demis aliénés manipulateurs. Dès lors la propagande antialcoolique devient « un levier contre le danger » social et la subversion que l’alcool favoriserait. La CGT révolutionnaire traitera aussi du sujet et certains, dont Pouget, s’opposeront aux mesures coercitives étatique en appelant à une exemplarité militante. Quant aux anarchistes sociaux sensibles à cette question, ils refuseront « de dissocier la lutte contre l’alcoolisme de la critique des conditions de travail ». Le courant individualiste ira même parfois jusqu’à prôner l’abstinence absolue.

Malgré quelques longueurs cet ouvrage a le mérite de rendre justice à un alcoolisme ouvrier souvent caricatural mais aussi largement partagé par une bourgeoisie par ailleurs moralisatrice et répressive.

Hugues, Groupe Commune de Paris, 11 mai 2022.

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