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24 janvier 2016

Kamel Bouzeboudjen, site Internet de Radio-Canada le 3 avril 2009

Livre référence:
Les folles vies de La Joute de Riopelle

À qui appartient l’art public? 



La joute, sculpture de Jean-Paul Riopelle inspirée du jeu de drapeaux pratiqué par les autochtones, a connu un destin singulier.

L’ancien journaliste Jacques Keable a mené une enquête sur les tribulations de l’œuvre. Il plonge le lecteur dans une réflexion sur les rapports entre l’art, les autorités publiques et le citoyen dans un livre intitulé Les folles vies de La joute de Riopelle, publié par Lux éditeur.

Après la décision de déplacer l’œuvre de Riopelle du Parc olympique au quartier international, des citoyens du quartier Hochelaga-Maisonneuve se sont opposés à ce déménagement. Jacques Keable faisait partie au début des années 2000 de ces opposants.

L’implication de M. Keable dans ce « combat » l’a conduit à mener une enquête et surtout à entamer une réflexion sur les relations entre l’art public, les citoyens et les autorités publiques.

En entrevue à Radio-Canada.ca, il explique les raisons pour lesquelles il a écrit son livre.

Le public laissé pour compte

Au Québec et ailleurs, l’art public est, selon lui, laissé aux mains de l’élite politico-financière dans le sens où le public n’est pas consulté dans le choix des artistes, de l’œuvre ou du site où cette œuvre doit être installée.



Par art public, il entend toute œuvre qui relève de l’État et de ses institutions. Donc les œuvres qui sont réalisées à l’initiative de l’État pour marquer des évènements ou des personnalités historiques et qui sont placées dans des espaces publics.

Mais quelle est la définition du public. S’agit-il des résidents du quartier, de la ville, de la province ou du pays. Même si la notion du public est très large, M. Keable entend par public toutes les personnes qui sont intéressées par l’art public. 



Qui devrait avoir voix au chapitre?

Dans le cas d’une œuvre installée devant un CLSC à Montréal ou dans un village du Québec, il n’est pas nécessaire d’organiser une large consultation pour décider du destin de cette œuvre. Les résidents du quartier ou du village sont, avec les pouvoirs publics, les seuls concernés par le destin de l’œuvre. 



Le cas de La joute est différent. Il s’agit d’une œuvre majeure, réalisée par un artiste célèbre et installée au Parc olympique à l’occasion des Jeux olympiques de 1976. Ce sont là des critères qui font de La joute une œuvre d’art public, selon l’auteur de l’enquête. Par conséquent, elle intéresse un très large public.

Après 26 ans de présence au Parc olympique, La joute a été déplacée au quartier international sans aucune consultation, déplore M. Keable. Cette décision a soulevé la colère aussi bien des résidents du quartier que du monde artistique au Québec, ce qui n’a pas empêché le déplacement.



Par ailleurs, l’auteur indique que, selon ses investigations, le coût du déménagement s’est élevé à huit millions de dollars. Une partie de cette somme aurait dû, selon lui, être consacrée à une nouvelle œuvre dédiée au quartier international et l’autre partie à l’entretien de La joute.

Des pistes à explorer 



Tout en constatant avec amertume que « c’est une poignée de l’élite politique et financière du Québec » qui monopolise les décisions concernant l’art public, M. Keable estime que la question de qui décide du destin des œuvres d’art public demeure posée. 


Selon lui, il existe plusieurs solutions pour mettre un terme à cette situation. Mais, de façon fondamentale, il faut que les pouvoirs publics prennent en compte le fait que le public a un droit de regard sur l’art public.



M. Keable croit que la Commission des biens culturels du Québec pourrait tenir des audiences publiques dans le cas où il y a des questionnements après l’annonce d’un projet.

L’auteur estime également qu’il devrait y avoir l’équivalent d’un vérificateur général, qui s’occuperait de l’état des œuvres publiques. Car, selon lui, de nombreux monuments souffrent de manque d’entretien et même d’absence d’identification.

Kamel Bouzeboudjen, paru sur le site Internetde Radio-Canada le 3 avril 2009

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