Emma Goldman, “la femme la plus dangereuse de l’Amérique”

Publié le 11 novembre 2021, dans Revue de presse Emma Goldman, “la femme la plus dangereuse de l’Amérique”

Connaissez-vous Emma Goldman (1869-1940), celle qui n’incarne pas seulement l’histoire de l’anarchie au tournant du XXème siècle, mais qui incarne un destin anarchiste fait de féminisme, de réflexions sur la violence, la culture et l’anti-bolchévisme ?

Emma Goldman, “la femme la plus dangereuse de l’Amérique” selon John Edgar Hoover (l’ancien directeur du FBI),est née en 1869 en Lituanie. À 16 ans, elle émigre aux Etats-Unis, expulsée en Russie en 1919, elle part sur les routes de l’Europe dès 1921, pour finalement retrouver l’Amérique.
La vie d’Emma Goldman est l’occasion de se demander : à quoi ressemble une existence anarchiste ? Ou plutôt, à quoi ressemble à l’échelle d’un individu l’engagement dans des combats collectifs ?

L’invitée du jour :

Alice Béja, maîtresse de conférences en études américaines à Sciences Po Lille, chercheuse au CERAPS-CNRS

L’anarchisme, une révélation

L’anarchisme est une révélation pour Emma Goldman, en 1931, après la pendaison des anarchistes de Chicago. C’est vraiment un moment fondateur qu’elle construit aussi à travers son autobiographie et dans un certain nombre d’autres textes. Elle a 18 ans au moment de l’exécution des martyrs de Haymarket. Elle avait déjà, dans son enfance et son adolescence en Russie, été influencée par les nihilistes russes, et de manière générale, c’est une jeune femme révoltée qui ne craint pas d’exprimer ses opinions et ses convictions, y compris par le geste. On retrouve tout au long de sa vie ce caractère sanguin et passionné.                          
Alice Béja

La violence, un concept fondamental

La violence est une question centrale dans l’anarchisme de l’époque, et également dans la perception des anarchistes, en particulier dans ces toutes dernières décennies du 19ème siècle, qui voient d’un côté se multiplier les attentats en Europe et aux Etats-Unis à l’encontre de personnalités politiques, puisque le président William McKinley est assassiné en 1901, et cela va créer l’image de l’anarchiste, poseur, poseuse de bombe. Pour Emma Goldman, la violence, qu’on appelle « propagande par le fait » est un des moyens à la disposition des anarchistes pour faire passer leur message, dans un contexte où la violence est avant tout la violence du système capitaliste. Mais sa réflexion sur la violence a évolué tout au long de sa vie… Plus elle avance dans sa vie, plus elle estime que la violence qui doit avant tout être condamnée, c’est la violence d’Etat.
Alice Béja

Féminisme et émancipation intérieure

Emma Goldman critique les suffragistes parce qu’elles pensent que les femmes vont pouvoir changer le système politique par le droit de vote. Goldman pense que non, qu’il n’y a aucune raison pour que le droit de vote donné aux femmes ait un quelconque impact, qu’elles ne sont pas intrinsèquement meilleures que les hommes. Ce qui importe véritablement, c’est l’idée d’émancipation intérieure, qui est en fait plutôt une émancipation vis-à-vis des normes et des conventions.    
Alice Béja

Les chemins de la philosophie, France Culture, 11 novembre 2021

Illustration: © Charlotte Mo

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