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24 janvier 2016

Didier Fessou, Le Soleil, 28 juin 2009

Livre référence:
Une histoire du jazz à Montréal

Montréal est une ville qui a longtemps eu le jazz dans la peau. Le jazz, à Montréal, ce n’est pas seulement le festival du même nom. Festival qui, soit dit en passant, célébrera son trentième tour de piste du 30 juin au 12 juillet.

Des années 20 aux années 70, pendant un demi-siècle, Montréal a été l’un des principaux carrefours nord-américains du jazz.

Il s’est joué plus de jazz à Montréal que n’importe où ailleurs au Canada.

Une vitalité attribuable à la prospérité des boîtes de nuit (boîtes à la qualité parfois douteuse) et à la popularité des spectacles sur scène.

Curieusement, alors que le Festival de jazz de Montréal attire des milliers et des milliers d’aficionados, le jazz est devenu le parent pauvre de la vie culturelle montréalaise.

Aujourd’hui, il ne se joue presque plus de jazz à Montréal.

Ce déclin a commencé à se faire sentir dès le milieu des années 50.

Les raisons ? Dans son livre Une histoire du jazz à Montréal, l’historien John Gilmore impute ce déclin à l’enquête du juge Caron sur le crime organisé et la corruption à Montréal et à l’arrivée de Jean Drapeau à la mairie de Montréal. Le maire, à l’époque, s’était juré de « nettoyer » la ville… Rappelez-vous le téléroman Montréal, P.Q. diffusé par Radio-Canada au début des années 90.

Ce livre, Une histoire du jazz à Montréal, est une référence. D’abord publié en anglais en 1990, il a fallu attendre une vingtaine d’années pour que soit proposée une version française.

Traduite par Karen Ricard et publiée par Lux Éditeur, celle-ci est sur les rayons des libraires depuis le début du mois de juin.

Dans cette chronologie de 416 pages, l’auteur évoque une époque où la vie nocturne montréalaise était si effervescente qu’elle attirait des musiciens des quatre coins de l’Amérique.

De nombreux Noirs américains sont venus s’établir à Montréal au début du XXe siècle et ont contribué à faire connaître leur culture. Culture dont le jazz est issu.

Spécialiste de l’histoire du jazz, John Gilmore rappelle que la production du jazz à Montréal a été influencée par plusieurs facteurs socio-économiques : la prohibition, la ségrégation raciale, la Grande dépression des années 30, la renaissance de la moralité civique et, plus récemment, l’essor de l’indépendantisme québécois.

Les noms de ceux qui ont fait de Montréal une véritable Mecque du jazz ? Myron Sutton, Jonnhy Holmes, Oscar Peterson, Louis Metcalf, Steep Wade, Maury Kaye, René Thomas.

En prime, dans ce précieux livre, une préface signée Gilles Archambault. Dans laquelle il raconte comment, enfant, il prenait plaisir à écouter les disques de son oncle. Des disques de Count Basie, Charlie Barnett ou Tommy Dorsey.

Extrait de cette préface : « Je n’ai pas été déçu. Sans fioritures inutiles, sans prétentions agaçantes, John Gilmore traite avec une tendresse évidente d’un phénomène social dont ont ne connaît pas assez l’ampleur. Il nous apprend, preuves à l’appui, que Montréal a été, il y a plusieurs décennies, un centre important de diffusion d’une forme musicale qui en était alors à ses balbutiements. »

Didier Fessou
Le Soleil, 28 juin 2009

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