Dans son essai Devenir fasciste. Ma thérapie de conversion, Mark Fortier raconte donc sa tentative de passer du rouge au marron. Mais on comprend très vite que l’exercice est factice et que derrière une «écriture simple et documentée, avec humour», l’auteur s’intéresse à la montée de l’extrême droite et des réactionnaires nationalistes de tout poil à travers le monde.
«Avec l’ironie, j’ai voulu aider à faire descendre la peur, l’anxiété, pour affronter ce problème colossal», explique l’auteur en entrevue au Soleil.
Mais attention, mentionne M. Fortier, il ne s’agit «pas d’un livre pour les gauchistes», lui qui espère que son ouvrage parviendra à «éveiller» les hésitants, celles et ceux qui pourraient se laisser avoir par les mirages d’un discours simpliste vantant le temps d’avant et le repli sur soi — et donc la haine des autres.
Pour autant, les «fascistes» — à défaut d’un meilleur qualificatif, les historiens qui étudieront notre temps jugeront de la pertinence de ce terme ― ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade. Les démocrates, les progressistes ne sont pas en reste. Le sociologue relève ainsi «la lâcheté des démocrates américains face à Trump». Et rappelle que «les années au pouvoir des démocrates ont débouché sur les présidences de Donald Trump».
Dans le fond, la question centrale de l’auteur québécois est la suivante: «Pourquoi les démocrates perdent contre des idiots?»
Pour y répondre, Mark Fortier revient dans un premier temps sur la campagne infructueuse de Kamala Harris. «Elle apportait la bonne réponse, de la joie, croit l’auteur en entrevue. Mais de la joie imaginée par des firmes de relations publiques guère différentes du “Enjoy it” de Coca-Cola. Les Américains ne se sont pas idiots, il n’y ont pas cru.»
Alors que Trump, même si «c’est la débilité authentique», a ce talent de capter ce que veut entendre son audience. Un politicien dont les idées et les discours peuvent varier en fonction des vents du moment.
Ensuite, Mark Fortier interroge dans son ouvrage les liens entre le Rassemblement national en France, Fratelli d’Italia au pouvoir en Italie et le mouvement MAGA aux États-Unis.
Donald Trump revient régulièrement au fil des pages. «Avec le trumpisme, aucun recoin de la société n’est épargnée», note l’auteur, citant les universités qui subissent les attaques idéologiques et les coupes budgétaires de la droite américaine. Tout comme l’éducation et la santé.
Des raisons de rester optimiste
Que ce soit aux États-Unis ou ailleurs dans le monde — M. Fortier aurait pu aussi parler de la situation politique en Inde, en Chine ou, bien sûr, en Russie — la montée des régimes autoritaires n’est rendu possible que par «l’affaiblissement de la République démocratique».
Un affaiblissement aggravé par le lobbyisme de milliardaires américains tout-puissants. «On compte plus de 800 milliardaires aux États-Unis. Ils détiennent autant de richesse que le reste de la population», tâcle l’essayiste qui s’étonne — en apparence ― qu’en soutenant Trump, ces milliardaires ont «tué la poule aux œufs d’or» qu’était Joe Biden.
«Ils ne se sont jamais autant enrichi qu’au cours des dernières années. Et pourtant, ils ont misé sur Trump dans une course effrénée au profit.»
Pour autant, l’essayiste ne tombe pas dans le pessimisme — ouf!. Pour lui, nul doute que «l’extrême droite va finir par se casser la gueule [car ce mouvement] est une fuite en avant par rapport aux crises de notre époque».
Que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, les politiques fascistes seront incapables de répondre à la prochaine crise majeure, assure Mark Fortier: la crise environnementale.
De plus, malgré la gravité de la situation actuelle — «il y en a eu des pires par le passé», note l’auteur — M. Fortier croit que nos sociétés ont encore «les institutions, les moyens et le cœur de s’attacher à la défense de la liberté».
Après des chapitres consacrés au carnaval politique, à l’égoïsme intrinsèque des libertariens ou encore à l’agonie des démocrates, le sociologue a tenu à finir son essai sur une note positive en consacrant son dernier chapitre à l’amitié. Soulignant que l’homme est «un animal social», Mark Fortier lance un appel à «revivre en société, tous ensemble». «On n’a pas juste besoin des autres, on est les autres», assure-t-il.
Le vivre ensemble l’emportera affirme Mark Fortier et on a envie de le croire.
Olivier Mougeot, Le Soleil, 2 avril 2025.
Photo: Caroline Fabre
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