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Photo d'Émilien Bernard se tenant debout dans un stationnement.
22 février 2026

Dans le terrier hallucinatoire du trumpisme

Dans La tête dans le mur – Un journaliste en déroute au Trumpistan, le journaliste français Émilien Bernard raconte ses (més)aventures le long de la frontière séparant le Mexique des États-Unis, peu avant la réélection du président américain.

 

Ton irrévérencieux, langage coloré et délires hallucinatoires ponctuent cette épopée qui se sera finalement soldée pour l’auteur par un passage dans un centre de détention de migrants irréguliers du Nouveau-Mexique… et une interdiction de remettre les pieds aux États-Unis pour 10 ans.

Joint chez lui à Marseille, Émilien Bernard nous confie son grand intérêt pour la question des barrières frontalières, qui a d’ailleurs été au cœur de son premier essai, Forteresse Europe. Mais dans son nouveau livre, il change de style radicalement.

« Le journalisme classique s’est complètement cassé les dents pendant le premier mandat de Trump, même des grands journaux comme le New York Times et le Washington Post », explique-t-il.

«Je voulais prendre un pas de côté, essayer de tricoter pour retranscrire une réalité peut-être de manière plus tranchante que le fait du simple journalisme.»

 Émilien Bernard, journaliste et auteur

 

C’est ainsi qu’Émilien Bernard raconte ses déambulations des deux côtés du mur – entre San Diego et Tijuana, El Paso et Ciudad Juárez – avec sa camarade de route documentariste. Le plus souvent en état d’ébriété, sous influence, parfois même un mélange des deux. Se réclamant de ce journalisme gonzo popularisé par Hunter S. Thompson dans les années 1970.

Entre les nombreuses métaphores puisées dans l’univers d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et les références à la culture américaine, les rencontres se suivent, mais ne se ressemblent pas : séance de signatures avec l’auteur de romans policiers anti-Trump Don Winslow, rituel « humanitaro-religieux » en bordure du Pacifique, évènement républicain qui se termine en queue de poisson, tequila dans un refuge pour gauchistes mexicains…

«Tous les chiffres, toutes les citations, tout est absolument vrai. Dès que je parle du Mexique, dès que je parle de militants, de personnes engagées auprès des personnes exilées, dès que les personnes exilées ont la parole, par exemple au centre de rétention, je reviens à un traitement journalistique absolu.»

 Émilien Bernard, journaliste et auteur

Laïla Maalouf, La Presse,

Car derrière l’écriture de ce livre, derrière la volonté de voir la réalité qui se terre à l’ombre de ce mur devenu obsession dans les discours de Trump durant un temps, il y avait surtout une remise en question cruciale.

« Ce livre s’interroge beaucoup sur le journalisme. À un moment, il faut essayer de trouver à petite échelle une manière de retranscrire cette folie trumpiste où on a l’impression de plonger dans un terrier un peu hallucinatoire. »

Parce que le vrai journalisme, selon Émilien Bernard, se retrouve complètement démuni en cette ère de postvérité où c’est à qui parlera le plus fort.

Extrait

Les barbelés sont stupides, mais ils déchirent tout sur leur passage. Les mensonges se débunkent facilement, mais ils imprègnent beaucoup plus que les démentis sourcés. La forteresse est hideuse, mais elle rassure ceux et celles qui chaque jour se prennent dans les neurones un matraquage incessant sur la nécessité des murs, des mâchicoulis, des meurtrières et des robocops pour repousser les assaillants fantasmés. Guerre des mondes, victoire des immondes. Armés de leur stratégie identitaire, les maîtres de la postvérité inondent la zone de fumier idéologique sans susciter de réponse collective un tant soit peu combative.

Qui est Émilien Bernard ?

Émilien Bernard est journaliste indépendant et traducteur en France. Cofondateur du journal Article11 et membre de la rédaction du journal CQFD, il collabore régulièrement au Canard enchaîné et à Afrique XXI. Son premier livre, Forteresse Europe – Enquête sur l’envers de nos frontières, est paru chez Lux en 2024.


Laïla Maalouf, La Presse, 22 février 2026.

Photo: Pauline Laplace

Lisez l’original ici.

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