Avis critique

Publié le 21 septembre 2019, dans Revue de presse Avis critique

Avis d’expulsion de Mattew Desmond / De cendres et de braises de Manon Ott

Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : « Avis d’expulsion : enquête sur l’exploitation de la pauvreté urbaine » de Mattew Desmond (LUX), « De cendres et de braises » de Manon Ott (Anamosa).

Deux ouvrages pour une plongée au plus profond des ghettos urbains. Du côté des États-Unis d’abord avec la traduction d’un essai qui a reçu le prix Pulitzer en 2017 : Avis d’expulsions du sociologue Matthew Desmond est publié par les éditions Lux. L’auteur propose ici une ethnographie des expropriations locatives, fruit d’une enquête menée à Milwaukee qui permet de montrer le rôle fondamental, et trop souvent négligé selon l’auteur, du logement dans la création de la pauvreté. L’observation participante et l’approche documentaire sont aussi au cœur de la démarche de Manon Ott qui signe De cendre et de braise publié chez Anamosa. On est de retour en France, du côté des Mureaux pour une approche en deux temps. D’abord une histoire ouvrière, de mobilisation et d’immigration sur ce territoire construit autour de l’usine Renault à Flins ; puis les mutations du travail, des sociabilités, des mobilisations, du peuplement propres à ce qu’on appelle les Banlieues. Là aussi on retrouve l’importance du témoignage, des destins individuelles, des voix qu’on n’écoute que trop rarement.

Mattew Desmond – Avis d’expulsion : enquête sur l’exploitation de la pauvreté urbaine

Je vous propose de commencer par le livre de Matthew Desmond, Avis d’expulsion : enquête sur l’exploitation de la pauvreté urbaine, publié par les éditions Lux dans une traduction de Paulin Dardel. Je le disais cet essai a été couronné de nombreux prix, dont le prestigieux Pulitzer de l’essai en 2017, mais aussi désigné cette année-là comme l’un des meilleurs livres de non fiction par le Président Barack Obama, le New York Times Book Review, le Boston Globe, le Washington Post, NPR, le New Yorker… et bien d’autres. C’est que le travail mené par ce sociologue américain, professeur à Princeton, met le doigt sur une question qui est au cœur des réflexions sur les inégalités, surtout depuis la crise des subprimes : le rôle fondamental du logement dans la création de pauvreté.

Cela peut sembler évident, pourtant rappelle Matthew Desmond en introduction de son livre, elle est rarement traitée en tant que telle par les chercheurs… qui se concentrent plutôt sur le travail, l’assistance publique, l’incarcération de masses. Des enjeux certes importants mais insuffisants : tous les habitants des quartiers sinistrés ne sont pas forcément touchés par ces questions, mais ils ont presque tous un propriétaire. C’est cette relation entre locataires et propriétaire qui intéresse notre auteur, plongé pendant plusieurs années dans le quotidiens de huit familles au cœur de Milwaukee.

La plus grande ville du Wisconsin a été l’épicentre de la désindustralisation dans les années 80, et dans les années 90 de ce qu’on a appelé la « croisade contre l’aide sociale ». Les populations les plus pauvres, singulièrement les noirs américains, se sont retrouvés jetés du système de l’habitat social dans les bras de bailleurs privés. Contraints de consacrés parfois jusqu’à 70% de leur revenu au logement, ils entrent dans une spirale de précarisation et d’expulsion que Matthew Desmond nous décrit de l’intérieur.

Après des difficultés de lecture, je me suis laissée prendre par ce récit qui est un récit extraordinaire et surtout qui est une enquête fouillée. (Catherine Portevin)

Ce qui fait la force du propos de Matthew Desmond c’est la densité humaine de son ouvrage. C’est un propos très incarné avec de nombreux personnages, même si moi aussi j’ai été désarçonné par son style et en temps même par son goût pour l’ethnographie […] . Ce livre m’a fait penser au livre de Jack London paru en 1803 Le peuple d’en bas. (Laurent Etre)

Raphaël Bourgois, Avis critique, France Culture, 21 septembre 2019

Photo: Les expulsions aux USA • Crédits: Michael Kienitz

Écoutez l’original ici.