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Détail de la couverture du livre Ordures!
1 avril 2026

Anarcho-poubelliste

C’était un job d’été. C’est devenu son travail. Pire : son métier. Encore plus fou : sa passion. En véritable marathonien, fanatique donc, Simon Paré-Poupart court dans les rues de Montréal derrière un truck, un de ces gros camions bruyant et… puant. Et il aime ça – se donner à fond, zigzaguer entre les voitures; l’hiver s’extirper de la neige, l’été suer; forcer sur les bras, ramasser les sacs le long des trottoirs, patauger dans ceux qui s’éventrent; blaguer avec ses coéquipiers, s’enquérir de leur vie; intégrer une équipe, sentir la solidarité, être fier d’être cet ouvrier-là. Le Québécois Simon Paré-Poupart rend sa ville propre : il fait les vidanges. Depuis vingt ans. Un choix revendiqué malgré les craintes de sa maman. Désormais, il approche la quarantaine et a pris soin de travailler à temps partiel, d’abord pour ménager son corps, ensuite pour apprendre le monde, comme étudier la sociologie. Dans l’ordre hiérarchique, il y a le conducteur, c’est lui l’éboueur, le chef, peut-être une sorte d’artistocratie. Derrière, il y a le helper, l’aide-éboueur, celui qui court, qui tient la cadence coûte que coûte.

Ordures! Journal d’un vidangeur est le premier livre de Simon Paré-Poupart, un récit du quotidien qui a cartonné au Québec (60 000 exemplaires) et qui même en cours de publication aux États-Unis. Il y fait vivre plusieurs personnalités, des gars comme lui, durs à la tâche, certains cabossés par la vie, accros à la drogue ou à l’alcool; tous sont méprisés du public ou mêmes invisibles. L’auteur mêle humour et réflexions, citant par-ci par-là quelques philosophes ou sociologues. Il développe un discours radicalement anticapitaliste et écologiste. Lui-même récupère un maximum de choses et se désigne freegane : une façon de vivre des rejets de la société de consommation. Simon Paré-Poupart s’est donné une mission tout en assouvissant ses désirs de toujours repousser plus loin ses limites physiques : «Courir derrière un truck me procure une immense satisfaction et un plaisir intense. (…) Quand je termine ma run, j’ai couru 25 kilomètres, j’ai le dos cassé, j’ai pris des risques afin de rendre vos quartiers salubres, et pas mal tout le monde s’en sacre.» Avec son engagement et sa verve chatoyante, Ordures! ne finira pas au pilon… Tabarnak!


Martine Laval, Le Matricule des anges, no 272, avril 2026.

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