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Détail de la couverture du livre «La tête dans le mur».
4 février 2026

À la rencontre de cette Amérique illuminée, réactionnaire, cul-bénis, fascisante et fascinante de bêtises

Le dernier livre du journaliste Emilien Bernard nous entraîne dans un road trip au pays désormais de Donald. En 2024, il avait choisi d’arpenter la frontière américano-mexicaine, du Pacifique à l’Atlantique, au moment des élections présidentielles…

 

Il y a deux ans, le journaliste Emilien Bernard s’était intéressé aux murs et barbelés dont s’est dotée l’Europe démocratique et donneuse de leçons pour se protéger de la misère du monde1. Aujourd’hui, il nous entraîne dans un road trip au pays désormais de Donald. Avec La tête dans le mur. Un journaliste en déroute au Trumpistan, il a choisi d’arpenter la frontière américano-mexicaine, du Pacifique à l’Atlantique, au moment des élections présidentielles de 2024.

Il l’avoue : il traverse une période psychologiquement difficile qu’il soigne à coups de médocs, d’alcool et d’opiacés. Affronter le pays du Fentanyl (75000 morts en 2023), de la paranoïa, du complotisme et du Seigneur Jesus tout puissant dans une telle condition mentale n’était pas l’idée du siècle. Car l’espoir, pour celles et ceux qui rêvent américain , ne réside pas plus à San Diego qu’à Ciudad Juarez, à Tijuana qu’à Bisbee… à moins qu’on ne fasse dans le business et la politique. Car le mur (sa construction, sa surveillance, son contournement) rapporte financièrement et politiquement. Les cartels de la drogue ont mis au point des réseaux de passeurs, les patrons exploitent sans vergogne les migrants, la police mexicaine, dont la vertu n’est pas la qualité première, s’enrichit sur leurs dos, et les bonimenteurs xénophobes profilèrent pour convaincre la grande Amérique que le « très très grand mur » de Donald la sauvera de la décadence, et que ce qu’il faut à l’Amérique, c’est un homme fort, un winner qui parle fort. La drogue ? Beaucoup savent qu’elle s’en fiche du mur. Elle est au chaud dans un des milliers de camions qui franchit la frontière chaque jour du côté de Tijuana. On fait la guerre à la drogue parce qu’on refuse de faire la guerre au monde qui la rend désirable.

La frontière américano-mexicaine est un cimetière, comme notre mer Méditerranée. On y meurt par centaines chaque année, ou par milliers car, beaucoup disparaissent, anonymes, dans le désert, d’épuisement ou tués par des passeurs. Quant aux femmes, certains considèrent que 80 % d’entre elles sont violées durant leur périple.

Accompagnée d’une amie, Emilien Bernard est allé à la rencontre de cette Amérique illuminée, réactionnaire, cul-bénis, fascisante et fascinante de bêtises, une Amérique où se mêlent, écrit-il, « nouveaux riches clinquants et militants MAGA prolos beaucoup moins télégéniques » : l’Amérique de Donald. Un Donald qui répète en boucle les mêmes mots, les mêmes fake news, les mêmes arguments rhétoriques jusqu’à la nausée..

Déprimant ? Ca l’est. Heureusement, il reste encore, voire de plus en plus, des poches de résistance, et les récents événements de Minneapolis sont là pour l’attester. Une Amérique militante, rebelle, qui s’organise, apporte son soutien aux migrants et se confronte à la police des frontières. Humanistes chrétiens si nombreux dans les courants radicaux, marxistes, libertaires se battent et se débattent dans une Amérique qui part à vau-l’eau ; des militants qui n’oublient pas de rappeler ce que la situation catastrophique d’aujourd’hui doit aussi aux politiques menées durant de nombreuses années aux gouvernements démocrates.

Quand à Emilien Bernard, son voyage s’interrompit bien vite : il a fini en prison pour avoir oublié de mentionner lors de sa demande de visa qu’il y a dix ans, il avait été incarcéré une journée en Californie pour avoir fait du camping sauvage…


Christophe Patillon, Mediapart, 4 février 2026.

Lisez l’original ici.

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