Ne nous laissons pas berner par le palmarès
Ça y est ! Le palmarès des écoles secondaires du Québec est sorti1. On nous présente en grande pompe les « meilleures écoles » en nous bombardant de statistiques et de cotes. On nous dit que c’est un exercice génial de « transparence » qui permet aux parents de faire un choix d’école « éclairé » basé sur une analyse sérieuse de la « performance » des établissements scolaires secondaires. On nous dit que c’est un exercice nuancé et rigoureux. Tout le monde y trouve son compte ! N’est-ce pas magnifique ?
De grâce, ne nous laissons pas charmer par ce dispositif. Derrière l’objectif déclaré de ce palmarès s’en cache un beaucoup plus sombre, selon moi : nous faire accepter l’inacceptable.
Le palmarès des écoles secondaires du Québec est une création de l’Institut Fraser, un groupe de réflexion libertarien de l’Ouest canadien voué à la promotion de l’idéologie promarché et à la privatisation des services publics.
Dit autrement, le palmarès des écoles est un outil conçu pour la destruction progressive de l’école publique québécoise, et ça fonctionne.
Dans le palmarès, nous voyons les écoles québécoises jugées non pas au regard de la noble mission que nous leur avons donnée collectivement, mais bien au regard d’indicateurs de « performance ».
Le principe de l’égalité des chances
Ne perdons pas de vue que l’école québécoise, telle qu’elle est définie dans la Loi sur l’instruction publique, « a pour mission, dans le respect du principe de l’égalité des chances, d’instruire, de socialiser et de qualifier les élèves, tout en les rendant aptes à entreprendre et à réussir un parcours scolaire ». Ne perdons pas de vue que l’école québécoise a été pensée par nos bâtisseurs et bâtisseuses comme un agent d’intégration sociale et comme une institution visant la cohésion sociale et le vivre ensemble. Or, le palmarès ne mentionne rien à propos de la socialisation. Il ne mentionne rien non plus à propos de l’égalité des chances.
Depuis l’apparition du palmarès, l’école québécoise s’est progressivement éloignée de sa mission et a épousé une vision marchande de l’éducation qui a entraîné une véritable ségrégation sociale des élèves.
Il faut lire à ce sujet l’excellent article de Guillaume Lamy intitulé « Le palmarès des écoles secondaires du Québec : les effets d’une stratégie d’influence sur la composition socio-économique de 108 établissements de Montréal et Laval (2000-2020) »2,3, dans lequel il conclut ceci : « les données recueillies montrent que, sur 20 ans, les scores des écoles sont davantage influencés par des facteurs socio-économiques se traduisant par une amplification de la ségrégation scolaire générée par une concentration accrue des élèves présentant des difficultés ou provenant de milieux défavorisés dans les établissements figurant au bas des classements ».
Ne nous laissons donc pas berner dans les prochains jours. Le palmarès n’est pas le « guide » qu’il prétend être. C’est un exercice de relations publiques qui vise à nous faire croire qu’il est normal de comparer les écoles comme on compare des voitures.
En guise de conclusion, je me permets de citer un passage de mon essai Séparés mais égaux, publié au début de l’automne chez Lux : « Quand on y pense, un tel palmarès est un bien triste document. Derrière chaque école qui trône au sommet se cachent des processus d’exclusion sociale, un déni des notions de solidarité et de responsabilité collective. »
1. Consultez le bulletin des écoles secondaires du Québec 2025 de l’Institut Fraser
2. Lisez l’article « Étude : le palmarès des écoles secondaires a accru les inégalités »
3. Consultez l’article de Guillaume Lamy
Christophe Allaire Sévigny, La Presse, 18 novembre 2025.
Lisez l’original ici.