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Portrait photo de Joseph-Guillaume Barthe.
21 juin 2026

Peine capitale au Canada: pourquoi l’abolition officielle de 1976 a des racines qui remontent à 1850

La peine de mort a été abolie officiellement au Canada en juillet 1976. La dernière exécution a eu lieu en décembre 1962. En mai 1965, deux militants du FLQ, François Schirm et Edmond Guénette, étaient condamnés à la peine capitale. Ils demeureront quelque trois ans dans la cellule des condamnés à mort, et leur sentence sera commuée en condamnation à vie, en 1968, à la suite d’un nouveau procès.

 

Cet essai intitulé Contre la peine de mort rassemble les textes de Joseph-Guillaume Barthe publiés dans les journaux en 1850.

Dans ce Canada du XIXe siècle, la population se divise en deux camps : les pro et les contre.

Le clergé, pour sa part, est favorable à la peine de mort. Il qualifie même de « révolutionnaires », c’est-à-dire de dangereux ceux qui s’y opposent, comme l’Institut canadien de Montréal et son journal L’Avenir, point de convergence du Parti rouge, alors que les clérico-conservateurs se regroupent autour du journal La Minerve. Preuve de la force de l’Église catholique et du conservatisme, les condamnations à mort vont augmenter après 1850.

Pour les abolitionnistes, « il est clair que le combat contre la peine de mort s’inscrit dans l’horizon d’une société nouvelle », affirme Alexandra Guité-Verret, dans sa préface éclairante. Si on connaît si peu Joseph-Guillaume Barthe, un esprit éclairé « au fait des idées les plus avancées de son époque, […] l’une des plumes les plus vives des lettres du Canada français du XIXe siècle », c’est que le conservatisme et le clergé vont gouverner le Québec pendant les cent prochaines années, jusqu’à la Révolution tranquille.

L’écrivain français Victor Hugo était un abolitionniste connu. Il s’était même intéressé au cas de François-Xavier Julien, trouvé coupable de meurtre prémédité et condamné à la peine capitale, le premier février 1854 à Québec.

Barthe, avocat et homme de lettres ami de Louis-Joseph Papineau, qui fut un fervent abolitionniste au XIXe siècle, raconte que des pétitions rassemblant des milliers de noms circulèrent contre cette exécution. On n’avait pas assisté à une pendaison publique depuis l’exécution des patriotes, en 1839.

Finalement, l’opposition est telle que le lieutenant-général commua la peine capitale à l’encontre de Julien en emprisonnement à vie.

À l’époque, le corps du supplicié ou de la suppliciée est confié à la science. Le médecin de la prison, en compagnie d’étudiants en médecine, est autorisé à procéder à l’autopsie et à la dissection de la dépouille du supplicié. On publie même les résultats de celles-ci dans les journaux avec force détails morbides : combien de temps la mort est-elle survenue après la suspension dans le vide, rigidité cadavérique, expression de la figure, langue, mâchoires, fracture de l’os hyoïde, etc. La publication de ces détails doit contribuer à la dissuasion de tels crimes et à « assurer l’ordre ambiant ».

Les patriotes

Barthe, ami d’Arthur Buies, est proche des patriotes de 1837-1838. La pendaison de douze prisonniers politiques, en 1838, constitue « l’épisode le plus meurtrier de l’application de la peine de mort que le pays ait connu jusque-là ». Militant dans l’aile radicale du Parti patriote, qui deviendra plus tard le Parti rouge, il sera arrêté en 1839 pour avoir écrit un poème dédié aux exilés politiques canadiens.

Accusé à 23 ans de menées séditieuses, il passera pas moins de quatre mois à la prison de Trois-Rivières.

L’année suivante, il est élu député de Yamaska pour le Parti rouge.

À 33 ans, il rédigera deux essais abolitionnistes. « Barthe souhaite empêcher le sang de couler. Il veut voir sa société se sortir du cauchemar politique que représente l’assassinat légal. “Honte à jamais au bourreau, en quelque nom qu’il agisse, écrit-il. À bas les vieilles coutumes de sang !” »

Remise en question

Barthe est au courant qu’il se trouve à une époque charnière où tout est remis en question. En 1848, des mouvements révolutionnaires secouent l’Europe et ses colonies. En janvier 1949, se tient, à Montréal, une grande assemblée populaire contre la peine de mort, présidée par le Dr Wolfred Nelson, ancien patriote. Barthe livrera en public ses deux essais sur l’abolitionnisme lors de conférences. Ce sont ces deux essais qui sont publiés dans le présent ouvrage.

« Aucune donnée ne montre qu’il existe un lien entre l’abolition de la peine capitale et une augmentation de la criminalité », argumente-t-il. « Il nie à l’État le droit de vie et de mort sur ses citoyens », conclut Guité-Verret.

Voilà un pamphlétaire et militant qu’il fait bon découvrir.


Jacques Lanctôt, Le Journal de Montréal, 21 juin 2026.

Photo: BAnQ

Lisez l’original ici.

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