lux Mémoire des Amériques
Georges Aubin et Nicole Martin-Verenka   
Insurrection -- Examens volontaires
Tome II -- 1838-1839

Les patriotes emprisonnés au cours de la seconde insurrection, celle de 1838–1839, ont passé un « examen volontaire » consigné par un commissaire enquêteur. Ainsi ont été conservées les paroles de ces hommes qui souvent ne savaient pas écrire.

Les grands chefs patriotes, appelés Frères Chasseurs, avaient une organisation hiérarchisée comme les militaires. On apprend, en lisant Insurrection – Tome II, les noms de plusieurs des chefs patriotes, inconnus jusqu’à ce jour, qui ont administré le serment secret à Montréal, dans une arrière-boutique, mais surtout à Châteauguay et à Beauharnois. Certains de ces inspirés ont réussi à échapper à la justice en fuyant vers la terre de liberté.

Le théâtre des opérations de la seconde insurrection se déroule à Beauharnois, Châteauguay, Sainte-Martine, pour finir avec la bataille d’Odelltown, près de la frontière. Le mouvement a des sympathisants jusqu’au Bas-du-Fleuve et dans Charlevoix. On découvre les noms des frères Tremblay, nés aux Éboulements, emprisonnés au Pied-du-Courant.

Georges Aubin et Nicole Martin-Verenka, deux spécialistes de la recherche historique, annotent les 610 examens de la seconde insurrection, établissant pour la première fois la généalogie d’un grand nombre de patriotes oubliés.
Insurrection -- Examens volontaires
Parution : 23/08/2007
ISBN : 978-2-89596-052-2
556 pages
12 x 21 cm
37.95 $
Revue de presse
- Consulter Jean-François Crépeau Le Canada français, 9 janvier 2008
- Consulter Les rites initiatiques des Patriotes Michel Lapierre Le Devoir, 10-11 novembre 2007
Le deuxième volume des Examens volontaires est encore plus imposant et impressionnant que le précédent. Comme le précisent les auteurs, « l’insurrection de 1838–1839 en est vraiment une dans tous les sens du terme. Elle est préparée aux États-Unis et au Canada dans la perspective du soutien des Américains qui, cependant, ne s’est jamais concrétisé ». Bref, si les événements attendus étaient survenus, c’eut été l’indépendance nationale et on n’en reparlerait plus. Cela n’advint pas, mais il ne faut pas surtout pas oublier ceux qui y ont cru et ces « examens volontaires » alimentent notre mémoire. Cela a autant d’importance parce que plusieurs sont originaires de notre région et que leurs descendants sont des nôtres. Une lecture qui nous plonge dans l’ailleurs de notre passé.
Jean-François Crépeau
Le Canada français, 9 janvier 2008
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Les rites initiatiques des Patriotes

Prêter un serment secret à genoux, les yeux bandés. Pour être reconnu par un frère, se gratter la narine gauche et dire : « Voilà un beau temps pour le quantième du mois ! » Ne rien révéler de la loge, sous peine d’avoir la gorge tranchée. Écouter le discours que le chef, armé de deux pistolets, prononce à cheval. Attendre des États-Unis du renfort et des armes. Puis, au bord du Saint-Laurent, une république indépendante naîtra !

C’étaient le cérémonial et le programme politique des Frères Chasseurs, une société secrète fondée principalement par les médecins Robert Nelson et Cyrille-Hector-Octave Côté, l’étudiant en droit Édouard-Élisée Malhiot, le notaire Chevalier de Lorimier.

Fer de lance du second soulèvement des Patriotes, celui de 1838, l’organisation hiérarchisée des conspirateurs devient la matière du tome II d’Insurrection, de Georges Aubin et Nicole Martin-Verenka. Le volume reproduit 610 déclarations faites par les suspects pour se soumettre aux exigences des autorités britanniques.

Les deux érudits ont pris soin d’annoter les documents en les situant dans le contexte de l’époque. Malgré son austérité, leur livre nous fait rêver.

Les suspects, analphabètes pour la plupart, s’en tiennent souvent à la dénégation à cause de la menace judiciaire qui pèse sur eux. Mais certains se montrent loquaces. Ils nous dévoilent le caractère initiatique, aventureux, romantique et quasi sacré de la cause révolutionnaire qu’ils défendent plus ou moins consciemment.

Un courant international

Les propos sur le rituel et les buts des conjurés font penser à des pages de Stendhal, écrivain ignoré au Bas-Canada mais qui a évoqué, dès 1829, dans la nouvelle intitulée Vanina Vanini, les conspirations des Carbonari, société secrète semblable à celle des Frères Chasseurs. Né en Italie pour y lutter notamment contre la domination impériale autrichienne, le carbonarisme a essaimé en France, sous le nom de charbonnerie, pour y combattre la royauté pendant la Restauration (1814–1830).

D’un point de vue symbolique au moins, nos Patriotes s’inscrivent dans un courant international axé sur la pensée libérale, la démocratie et le principe des nationalités. En s’opposant à la couronne britannique, à l’exemple des Américains libérés des Anglais dès 1776, les Frères Chasseurs participent ingénument à la liturgie laïque d’une Europe qui tente encore, après 1830, de s’affranchir des monarchies.

Stendhal (1783–1842), le plus novateur des romanciers français du XIXe siècle, dont on découvrira la modernité subtile seulement après 1880, s’aperçoit que la révolution démocratique, sous-jacente à La Chartreuse de Parme et au reste de son oeuvre, dépasse le cadre étroit de la politique. Cette révolution annonce la fin de la sujétion de l’individu à l’ordre social traditionnel, bouleversement si profond qu’il suppose une initiation intérieure à un nouvel art de vivre.

Malgré l’échec de leur conjuration, le caractère épique et mystérieux du rituel initiatique des Frères Chasseurs suggère chez leurs chefs, un peu comme chez les héros stendhaliens, la présence du sentiment confus et désespéré de devancer l’histoire.

Michel Lapierre
Le Devoir, 10-11 novembre 2007
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert