lux Lettres Libres
Pierre Vadeboncoeur   
L’Injustice en armes
Les événements s’enchaînent, et de même les politiques, les volontés de puissance, les intérêts. De la sorte, le monde fonctionne pour ainsi dire de lui-même et presque entièrement selon ses propres déterminismes.

On peut le considérer comme animé par une espèce d’auto-motricité. L’histoire est un robot échappant à des contrôles de portée générale. Les conséquences de cette mécanique universelle sont d’autant plus considérables que les moyens d’aujourd’hui sont bien plus puissants. Ce phénomène est assez monstrueux.

L’histoire s’avance maintenant comme une masse indépendante et pleine de maléfices actuels et potentiels. Elle prend dorénavant la figure du Destin. Les scientifiques écologistes, entre autres, savent ce que cela signifie. On ne saurait trop insister là-dessus.

Dans cette collection de textes de Pierre Vadeboncoeur, on retrouve les analyses politiques qu’il a formulées dans plusieurs organes de presse, principalement Le Couac et L’Action nationale.

Plus qu’une simple compilation de textes, ce recueil prétend donner à lire une photographie de l’état du monde en ce début de XXIe siècle, à travers le regard sans complaisance de Pierre Vadeboncoeur.
L'Injustice en armes
Parution : 03/05/2006
ISBN : 2-895960-40-2
144 pages
12.5 x 18.5 cm
15.15 $
Revue de presse
- Consulter L'Injustice en armes Paul-Émile Roy L'Action nationale, mars 2007
- Consulter L'Injustice en armes Alexis Brisebois Le libraire
- Consulter Vadeboncoeur et l'histoire renversée Michel Lapierre Le Devoir, 3 et 4 juin 2006
L'Injustice en armes

Ce petit livre est constitué d’un recueil d’articles qui ont été publiés dans L’Action nationale, Le Couac, L’Inconvénient, en 2004 et 2005. Il est le troisième d’une trilogie qui comprend La Justice en tant que projectile et La Dictature internationale parus dans la même bonne petite collection « Lettres libres » de Lux Éditeur. Ces textes sur « la politique impérialiste des États-Unis » et le capitalisme sont remarquables par leur concision et par la finesse et la pénétration de leur analyse. On remarquera le caractère alarmant de chacun des titres. Or, à mesure que le temps passe, la justesse de l’analyse de Vadeboncoeur devient de plus en plus évidente, et je dirais de même que le fourvoiement de la politique internationale.

Le 19 septembre 2002, dans l’Avant-propos de La Justice en tant que projectile, au lendemain de la décision de l’Irak d’ouvrir ses frontières aux inspecteurs des Nations unies, ce que réclamait la communauté internationale, et ce qui servait de prétexte à l’intervention américaine si l’Irak n’obtempérait pas à cette injonction, Vadeboncoeur écrit : « La détermination américaine de faire la guerre, dépassant cette fois avec la plus grande évidence les données de la situation est apparue nue, indépendante des circonstances, indifférente à tout ce qui n’est pas la résolution pure et simple d’entrer militairement dans ce pays. » Les États-Unis menaçaient d’envahir l’Irak qui n’acceptait pas jusque-là que les organismes de l’ONU aillent vérifier si ce pays possédait des armes de destruction massive. Ce dernier se pliant à la volonté de l’ONU, les raisons de l’attaquer tombaient. Le gouvernement américain était confus. « La guerre allait lui échapper ! Non pas la paix, mais la guerre. Juste l’opposé, en fait. La guerre, considérée comme absolument nécessaire d’elle-même. » Je cite ces lignes pour donner une idée de l’écriture de Vadeboncoeur. Une écriture critique, démystificatrice. La guerre contre l’Irak pour défendre la liberté ! Une « guerre préventive ». Une immense duperie. La raison de cette déclaration de guerre des États-Unis, « c’est le pétrole. La géopolitique du pétrole. La propriété du pétrole ».

Vadebobcoeur précise que ces trois écrits appartiennent à « la littérature engagée ». C’est une « littérature d’action et, si l’on peut dire, de résistance » (p. 6). Un acte de liberté, de contestation. Il est solidaire du mouvement de contestation de l’altermondialisme qui trouve un certain appui dans « les structures autonomes des pays ou nations », et dans l’ONU. Ce qui est capital, c’est que la résistance au capitalisme et à l’impérialisme américain ne cesse pas.

Chacun des courts textes du recueil aborde l’un ou l’autre aspect de ce thème central. On nous invite à penser à la situation du peuple irakien qui subit tous les jours les effets de la déflagration de la violence. « Cette approche fait voler en éclats le verbiage démocratique de Bush. » (p. 19) Il faut aussi savoir que ce recours à la violence ne fait que provoquer une réaction violente et que les agresseurs alimentent le terrorisme. Vadeboncoeur croit qu’ « une mécanique apocalyptique est en place » (p. 25), et que pour la freiner, il faudrait opérer un changement radical, recourir à une utopie. Mais cela est-il possible ? Il faudrait une véritable révolution de la pensée, de la politique, Nous n’en sommes pas là, nous n’allons pas dans cette direction : « Le problème tel qu’on le présente est cousu de mensonges. C’est d’ailleurs pourquoi on le confie à la force, parce que c’est le dernier argument. Le reste n’est que verbiage. » (p. 45)

Par ailleurs, Vadeboncoeur, en observateur attentif de la réalité internationale, attire l’attention sur l’intervention de la rue dans les grands débats politiques. Il voit là une nouvelle forme de vie démocratique qui met en question le système autoritaire impérialiste, incarnation de la droite internationale. Ses réflexions sur le terrorisme qu’il oppose à la révolution sont éclairantes. « Le terrorisme n’est que tentative de force sans la force, ce qui est la formule de son échec », écrit-il. « Une révolution n’a rien à voir avec le terrorisme. » (p. 91) Et ce qui est certain, c’est que le terrorisme n’est pas près de s’arrêter.

Les réflexions de Vadeboncoeur sur le rôle des médias dans ce contexte sont éclairantes, mais consternantes. L’opération Tonnerre lancée par l’Irak, la guerre une fois terminée (!) est pire que la guerre. Les médias ne rendent pas compte de son horreur. « La censure est totale… Les attentats terroristes font la manchette, mais la répression ne fait même pas les nouvelles. » (p. 95)

Il est beaucoup question de l’impérialisme américain dans le livre de Vadeboncoeur. Il en dénonce l’arbitraire et l’hypocrisie. Cependant, ce qu’il montre très bien, c’est qu’il est impossible qu’un pays domine l’univers. « Washington poursuit ses chimères. » Il suffit de considérer ce qui se passe en Irak. « L’ambition impérialiste américaine est un rêve et un cul-de-sac ; une illusion de la force encore une fois, entretenue par des hommes d’affaires et des politiciens. » (p. 116)

Certains prétendent que la critique que formule Vadeboncoeur de la politique internationale des États-Unis relève de l’antiaméricanisme. Or cette critique est basée sur des faits incontestables. La notion de « guerre préventive » est une aberration. Les États-Unis envahissent l’Irak sous prétexte que ce pays envoie des terroristes aux États-Unis, ce qui est une pure affabulation. À la fin de 2005, voici que l’on apprend qu’existent des prisons américaines secrètes dans sept ou huit pays, que les Américains ont utilisé des bombes à phosphore en Irak, ce que condamne le droit international, que l’armée américaine recourt à la torture avec l’approbation des autorités, que Bush est déterminé à imposer son veto à toute loi interdisant la torture (p. 132), etc., etc. Si c’est de l’antiaméricanisme que ce condamner ces horreurs, ce serait criminel de ne pas être antiaméricain !

J’ai essayé de dégager certains aspects de la pensée et de la démarche de Pierre Vadeboncoeur, mais on ne peut en quelques pages, rendre compte de la portée de cette réflexion. Son livre, divisé en petits chapitres courts, précis, denses, est d’une lecture très agréable mais agressive. Il est un véritable cri d’alarme. Espérons qu’il sera entendu avant qu’il ne soit trop tard.

Paul-Émile Roy
L'Action nationale, mars 2007
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L'Injustice en armes
Vadeboncoeur nous livre un troisième recueil d’analyses et de critiques de la politique extérieure étasunienne. Pour lui, les guerres menées contre l’Afghanistan et l’Irak par l’administration Bush relèvent du « volontarisme totalitaire », soit une volonté de conquête qui n’a cure de l’opinion des peuples et d’une large part de leurs représentants. Plus encore, argue-t-il, ces élans impérialistes, menés sous des prétextes, menacent de compromettre à jamais l’avenir de l’humanité, puisqu’ils ne font qu’exacerber le terrorisme. Incisif et percutant, l’auteur nous met en garde contre cette spirale funeste, fatalité historique que seule la « contestation universelle » aux accents utopistes, cette opposition populaire massive qui émerge, peut endiguer.
Alexis Brisebois
Le libraire
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Vadeboncoeur et l'histoire renversée

Le 24 avril dernier, dans The New Yorker, l’écrivain britannique Martin Amis entrait, pour les besoins d’une nouvelle, dans la peau de Mohammed Atta, l’artisan de la tragédie du 11 septembre 2001. Le terroriste aurait été un musulman apostat qui n’aurait pas cru au paradis mais à la réalité absolue et maternelle de la mort.

Voilà une interprétation très audacieuse, très occidentale et surtout très empathique que fait un Anglo-Saxon des songes présumés du plus célèbre des terroristes musulmans. La nouvelle d’Amis indiquerait-elle la naissance prochaine du sentiment universel, laïque et apolitique de l’omniprésence inéluctable de la mort violente dans un monde où les rivalités politiques, culturelles et religieuses paraissent de plus en plus inextinguibles ?

En tout cas, elle pourrait illustrer une très belle idée de Pierre Vadeboncoeur : «Ce n’est plus nous qui voguerons vers l’avenir. C’est l’avenir qui s’avancera vers nous, en sens contraire du temps. Comme dans Macbeth, la forêt sera en marche. La dynamique de l’histoire se renversera.»

Pour aboutir à cette affirmation surprenante, sagace et poétique, Vadeboncoeur a consacré un troisième essai à la critique de l’impérialisme américain en soulignant, cette fois, que la guerre menée par les États-Unis en Afghanistan et en Irak a multiplié d’une manière faramineuse, méthodique et technologique l’horreur qui était jusque-là le propre du terrorisme, cette arme des pauvres, cette violence aveugle et hasardeuse.

Comme les essais précédents, L’Injustice en armes constitue un recueil d’articles. Vadeboncoeur a d’abord publié ces textes sur l’injustice américaine dans Le Couac et quelques autres périodiques québécois. Pour expliquer le renversement historique effarant qu’il appréhende, il signale qu’une guerre contre le terrorisme est une guerre contre l’invisible.

Les terroristes n’affrontent jamais l’armée directement, donc l’armée est condamnée à exercer une terreur gratuite et à encourager ainsi les terroristes. C’est ce principe qui permet à l’essayiste québécois de soutenir que, dans la guerre que Bush se targue de livrer contre le terrorisme, il n’y a «ni vainqueurs, ni vaincus, mais seulement des victimes».

Vadeboncoeur tient à préciser qu’en Irak ces victimes, qui se chiffrent à 100 000, sont essentiellement des civils irakiens. Il rappelle qu’il faut ajouter à cela le très grand nombre d’enfants morts à cause du blocus économique imposé à l’Irak durant plusieurs années.

Que «la course à l’absurdité» entreprise par la Maison-Blanche risque de conduire l’humanité au désastre, c’est l’idée qui hante Vadeboncoeur. Lorsqu’on sait que Bush a envisagé d’opposer le veto présidentiel à la loi américaine contre la torture, comment pourrait-on reprocher une angoisse injustifiée à un solide dialecticien qui, malgré les progrès de l’altermondialisme, voit s’avancer vers lui l’avenir de la terreur ?

Michel Lapierre
Le Devoir, 3 et 4 juin 2006
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert