lux Instinct de liberté
John Holloway   
Changer le monde sans prendre le pouvoir
Le sens de la révolution aujourd’hui
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Sylvie Bosserelle
Dans son livre Changer le monde sans prendre le pouvoir, Holloway mène une analyse théorique et politique de ce que portent les mouvements sociaux depuis le milieu des années 1990—impulsés notamment par la révolte zapatiste en 1994. Holloway montre que ces mouvements luttent pour un changement radical, mais dans des termes qui n’ont rien à voir avec la radicalité des luttes antérieures qui visaient la prise du pouvoir d’État. Ils sont plutôt en rupture avec la théorie marxiste classique de la révolution, qui se centre uniquement sur la prise du pouvoir institutionnel. Holloway s’interroge sur la manière de reformuler notre compréhension de la révolution en tant que lutte contre le pouvoir et non pas pour le pouvoir. Après un siècle de tentatives manquées visant à mener des changements radicaux, et ce, autant du côté des révolutionnaires que de celui des réformistes, le concept de révolution est entré en crise.
John Holloway, né en Irlande, est docteur en sciences politiques de l’Université d’Edimbourg. Professeur au département de politique de l’université d’Edimbourg, il est aujourd’hui professeur à l’Institut de sciences sociales et humanités Francisco Velez Pliego de l’Université autonome de Puebla, Mexique. Il est notamment l’auteur de The State and Capital: A Marxist Debate (avec Sol Piccioto) et de Zapatista! Reinventing Revolution in Mexico (avec Eloina Pelaez).
Écoutez la recension de Michel Vézina, à l’émission Christiane Charette, sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada, le 3 décembre 2007.
Changer le monde sans prendre le pouvoir
Parution : 03/10/2007
ISBN : 978-2-89596-058-4
320 pages
13 x 21 cm
26.55 $
Revue de presse
- Consulter Crier contre les puissants Michel Lapierre Le Devoir, 10-11 novembre 2007
- Consulter Mira Cliche Le Libraire, novembre-décembre 2007
- Consulter La forces des pratiques sociales alternatives Daniel Rolland Culture Hebdo.com, 15 octobre 2007
Crier contre les puissants

Ne pas être marxiste, mais redécouvrir dans le meilleur de l’oeuvre de Marx l’idée suivante : le fétichisme des biens matériels qu’entraîne la mystique de l’argent conduit à la déshumanisation. Ce défi, John Holloway le relève en contredisant le principe léniniste de la nécessité de conquérir l’État pour faire la révolution. Il n’oppose au pouvoir que « le cri le plus strident possible », cri intérieur, pacifique, inédit.

La nouveauté de son essai intitulé Changer le monde sans prendre le pouvoir découle d’événements survenus à la fin du XXe siècle, comme la chute du mur de Berlin (1989), symbole de la mort du marxisme, et la révolte zapatiste dans le sud-est du Mexique (1994), mouvement indigène plus avide de dignité que de puissance. Ces faits incitent le politologue, né en Irlande mais plongé dans la vie universitaire mexicaine de Puebla, à relire Marx en s’appuyant sur les commentaires de György Lukács (1885–1971).

Fétichisme de la marchandise

Dans Histoire et conscience de classe (1923), Lukács, philosophe et critique littéraire hongrois qui a écrit surtout en allemand, révèle que le fétichisme de la marchandise, ce concept subtil exposé dans Le Capital, est le centre de la pensée de Marx. L’étrange mystique laïque du capitalisme entraîne, selon l’audacieux commentateur, un « processus de réification » qui asservit l’ensemble de la société.

« Le prolétariat partage donc avec la bourgeoisie la réification de toutes les manifestations de la vie », affirme Lukács. Ce constat détruit les principes de la lutte des classes et de la dictature du prolétariat sur lesquels se fondait la nécessité d’un parti léniniste. Holloway reproche d’ailleurs à Lukács d’avoir été un penseur inconséquent parce qu’il n’a pas rompu avec le communisme orthodoxe.

Le politologue d’origine irlandaise soutient que l’État, dont une grande partie de la gauche du monde entier convoite toujours le contrôle, déshumanise la société. Comme le capitalisme, le pouvoir politique chosifie, d’après lui, la vie collective. « L’État fragmente, classifie, définit, fétichise », écrit Holloway, qui évite le piège des doctrines pour s’en tenir au simple hurlement de protestation contre le capitalisme, cri interminable mais très cohérent.

Il n’est pas dupe de la théorie postmarxiste qui associe le nouvel ordre mondial, cher aux néolibéraux, à la genèse d’une révolution planétaire inattendue. Même s’il trouve séduisantes les notions d’« Empire » et de « Multitude » formulées par Michael Hardt et Antonio Negri, il finit par les repousser.

« Bien que Hardt et Negri insistent sur le fait que nous devions comprendre l’ordre comme une réponse au désordre, il leur est difficile d’éviter la prédominance de l’ordre comme conséquence de leur approche paradigmatique », juge Holloway. Il préfère l’utopie d’Ernst Bloch (1885–1977), philosophe allemand d’origine juive qui, sans jamais renier la pensée de Marx, l’a fait éclater.

C’est Le Principe espérance, vaste essai de Bloch, qui donne un sens au cri de révolte de Holloway. Dommage que le politologue ne fasse que suggérer le lien intellectuel qui l’unit au philosophe, au lieu de le décortiquer !

Certes, l’oeuvre de Bloch est ardue. Mais, en retrouvant l’essence judaïque de la réflexion révolutionnaire très complexe et souvent contradictoire de Marx, le penseur a eu le courage de concilier des thèmes divergents—le prophétisme biblique et l’agnosticisme—pour obtenir une synthèse féconde.

Dans l’ombre de Marx, Bloch a fait de Moïse, de Jésus et de Faust les figures d’un syncrétisme d’inspiration juive, chrétienne et néopaïenne, mélange assez riche pour confirmer la souplesse et l’universalité du cri d’espérance que Holloway oppose à toutes les orthodoxies.

Michel Lapierre
Le Devoir, 10-11 novembre 2007
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Comment peut-on changer le monde ? C’est la question à laquelle John Holloway tente de répondre dans cet ouvrage. Figure de proue du mouvement altermondialiste, le politicologue et philosophe irlandais rappelle les aberrations auxquelles le capitalisme a mené. Laissant souvent parler les faits, mais proposant aussi ses analyses et ses réflexions, Holloway nous incite littéralement à la révolution. La principale force de son ouvrage est d’envisager très concrètement la forme que pourrait prendre cette révolution : plutôt que de passer par une prise de pouvoir étatique, elle devra chercher la dissolution de ce pouvoir et l’émancipation active de chaque individu.
Mira Cliche
Le Libraire, novembre-décembre 2007
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La forces des pratiques sociales alternatives
L’Homme, même s’il vit en démocratie, est devenu, et c’est compréhensible, assez cynique devant les partis politiques. Ces derniers n’étant généralement qu’une source d’infinies déceptions. Pour l’universitaire fortement marxiste John Holloway, le changement souhaité dans la marche du monde ne viendra pas des pouvoirs politiques dont il n’y a plus rien à attendre, mais à travers l’engagement du contre-pouvoir, celui des pratiques sociales alternatives. Avec son essai Changer le monde sans prendre le pouvoir, Holloway nous exhorte à ne pas lançer la serviette trop vite. Il y a de la lumière au bout du tunnel des idées, et ce n’est pas celle d’un train.
Daniel Rolland
Culture Hebdo.com, 15 octobre 2007
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert