lux Histoire politique
Norman Bethune   
Politique de la passion
Lettres, créations et écrits
Édition présentée et annotée par Larry Hannant

Traduit de l’anglais par Dominique Bouchard et François Tétreau
Médecin, artiste et authentique révolutionnaire, cet infatigable aventurier que fut Norman Bethune (1890–1939) échappa de peu aux tentacules de la tuberculose avant de mener une brillante croisade contre cette terrible maladie. Chez ce médecin rescapé de la mort, la pratique d’une médecine juste et honnête ne pouvait se détacher des questions politiques, économiques et sociales. Tout en se passionnant pour des amours tumultueux autant que pour les arts, Bethune s’engagea à fond dans une lutte à finir contre le fascisme. En 1936–1937, il se rendit dans une Espagne déchirée par la guerre civile afin d’y mettre sur pied, au bénéfice des Républicains, un service de transfusion sanguine mobile. En 1938, il traversa encore les océans afin de se rendre en Chine, alors sous occupation japonaise, où il aida les troupes communistes à repousser l’envahisseur et à établir leur autorité. Il créa alors des blocs opératoires mobiles sur le front. Décédé à la suite d’une septicémie contractée en opérant un soldat, il devint à titre posthume un héros de la Révolution chinoise. Sa vie a fait l’objet à ce jour d’une multitude de livres et d’études, d’adaptations musicales et cinématographiques. Il est certainement aujourd’hui l’un des Canadiens les plus connus et admirés dans le monde.
Larry Hannant, professeur d’histoire à l’université Victoria (Colombie-Britannique), a constitué avec Politique de la passion l’ensemble le plus complet des travaux de Norman Bethune publiés à ce jour. Ce recueil comprend les lettres, les discours radiophoniques, les articles scientifiques, les textes politiques, les rapports militaires, des reproductions de peintures et de murales ainsi que des poèmes de Bethune et plusieurs photographies. Ces documents, soigneusement présentés et traduits en français souvent pour la première fois, permettent d’envisager sous un oeil nouveau la formidable aventure intellectuelle de cet homme d’exception que fut Norman Bethune.

Bonnes feuilles (format pdf) 934 Ko
Politique de la passion
Parution : 30/11/2006
ISBN : 9782-89596-043-0
464 pages
14 x 21 cm
40.80 $
Revue de presse
- Consulter Louis Gill Bulletin d'histoire politique 15.3, printemps 2007
- Consulter Simon Paradis Le Libraire, mai-juin 2007
- Consulter Norman Bethune : médecin du monde Yachar Sunal À Bâbord !, avril-mai 2007
- Consulter Norman Bethune: rebelle et pour cause Jean-François Nadeau Macadam Tribu, Radio-Canada Première chaîne, samedi 14 avril 2007
- Consulter Norman Bethune -- L’admirable histoire d’un héros Pierre Vadeboncoeur Le Couac, mars 2007
- Consulter Un Norman Bethune antibritannique Michel Lapierre Le Devoir, samedi 17 mars 2007
- Consulter Norman Bethune, un croisé mort en martyr Wilfried Cordeau L'aut'journal, février 2007
- Consulter Norman Bethune, un vrai héros au sens premier du terme Daniel Rolland Culturehebdo.com, décembre 2006

Norman Bethune est né en 1890 à Gravenhurst en Ontario. Conscrit en 1914, il interrompt des études de médecine amorcées deux ans plus tôt pour servir comme brancardier dans l’Armée canadienne en France où il est blessé l’année suivante. Diplômé en médecine de l’Université de Toronto à la fin de 1916, il est de nouveau enrôlé, cette fois dans la Marine comme lieutenant chirurgien jusqu’à la fin de la guerre. Il entreprend ensuite une carrière de chirurgien en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Atteint en 1926 de la maladie alors mortelle qu’est la tuberculose, il est cloué au lit pendant un an, isolé en sanatorium. Faisant preuve d’une détermination et d’une audace hors du commun, il exige, malgré les risques d’un échec et contre la ferme opposition de ses médecins, qu’on le soigne à l’aide d’un nouveau traitement encore au stade expérimental. Complètement guéri deux mois plus tard, il devient à partir de 1928 un spécialiste de premier plan en chirurgie thoracique, connu tout autant par ses conférences, son enseignement universitaire, ses articles scientifiques et les postes qu’il occupe au sein d’associations médicales internationales, que par sa pratique en milieu hospitalier, entre autres à l’hôpital Royal Victoria de Montréal et à l’hôpital du Sacré-Coeur de Cartierville où il est chef du service de chirurgie pulmonaire de 1932 à 1936.

Ce n’est véritablement qu’en 1935 que sa vie prend un nouveau cours et qu’il plonge résolument dans une action sociale et politique à laquelle il consacre dès lors toute sa compétence et toutes ses énergies, dans la plus complète abnégation, au cours des quatre dernières années de sa vie. « En quelques mois à peine, ses opinions politiques et sa carrière changèrent radicalement d’orientation » (p. 91), écrit l’auteur en soulignant qu’avant 1935 il n’était même pas un homme de gauche et qu’il ne manifestait aucun intérêt pour la chose politique. Les lamentables conditions de vie de la dépression des années 1930 l’amènent d’abord à s’investir dans la fondation du Groupe montréalais pour la protection de la santé publique et à combattre le manque criant de soins médicaux au Québec, dont il souligne qu’il frappe au premier titre la classe ouvrière et les démunis. Vient ensuite, et surtout, son engagement en Espagne de septembre 1936 à mai 1937 dans le camp anti-franquiste, où il se fait connaître mondialement par le service de transfusion sanguine au front qu’il met au point, puis en Chine en 1938 et 1939 où il agit comme conseiller médical de l’Armée dirigée par Mao Zedong contre l’invasion japonaise, met sur pied un réseau d’hôpitaux militaires à proximité du front, forme le personnel médical, rédige à cet effet des manuels de médecine, organise un service de santé publique et pratique une multitude d’interventions chirurgicales en première ligne, dans des conditions d’extrême dénuement et au risque permanent de sa vie. L’une de ces interventions aura finalement raison de lui en octobre 1939 à l’âge de 49 ans, à la suite d’une infection mortelle provoquée par une coupure accidentelle au doigt.

Ce sont donc les quatre dernières années de cette vie exceptionnelle qui ont fait de Bethune un personnage célèbre désormais connu à travers le monde. Rappelons en particulier que l’hommage que lui a rendu Mao Zedong au lendemain de sa mort, intitulé À la mémoire de Norman Bethune, a au cours des années 1960 et 1970 été l’un des trois articles les plus lus, en Chine et à l’étranger, de la littérature maoïste.

Cette publication, écrit son directeur, Larry Hannant, n’est pas une biographie au sens strict du terme. Son intention est plutôt de faire revivre Bethune en réunissant dans un ouvrage qu’il caractérise comme une « somme » l’ensemble de ses écrits et de sa production artistique. Car le médecin devenu révolutionnaire était aussi poète, peintre, inventeur et auteur de nouvelles et de pièces de théâtre. Dans tous ces domaines, il a fait preuve d’une créativité exceptionnelle, écrit Hannant qui souhaite mettre en lumière les talents multiples de cet homme passionné, exalté, qui adorait la vie et l’humanité et haïssait l’injustice et la disparité des richesses qu’il voyait comme la source de la maladie (p. 13). Cet amour de l’humanité, souligne-t-il, amenait notamment Bethune à soigner sur le même pied les Chinois et les Japonais blessés au combat, les véritables ennemis de ces « frères en souffrance » se trouvant, selon son expression, « de l’autre côté du spectre politique et social » (p. 17).

Dans cet effort pour jeter un regard neuf sur le personnage de Bethune, Hannant a eu recours à des documents historiques jusqu’alors inconnus qui, dit-il, dissipent plusieurs énigmes tenaces, comme celle entourant le départ précipité de Bethune d’Espagne en mai 1937. Parmi ces documents, un rapport de mai 1937 dévoilé après la chute de l’Union soviétique en 1991 par le département des archives du Komintern à Moscou sur les activités de la délégation canadienne en Espagne, visant Bethune en particulier. Bethune, qui avait adhéré au Parti communiste canadien en novembre 1935, s’était rendu en Espagne en octobre 1936, un mois avant l’arrivée des brigades internationales organisées par le Komintern et les partis communistes membres, non pas sous les directives du Parti communiste canadien, précise Hannant, mais « en suivant l’impulsion que lui dictait sa seule volonté » (p. 153). En allant en Espagne, poursuit Hannant, Bethune s’inscrivait provisoirement dans l’optique de la ligne défendue par Moscou, celle de la lutte des « démocraties » contre le fascisme. « Mais il espérait aussi contribuer à déclencher un soulèvement révolutionnaire à plus vaste échelle. Dans les émissions radiophoniques auxquelles il participa depuis l’Espagne, il comparait souvent la guerre civile en cours au premier engagement de la “révolution mondiale’’. » (p. 154) Voilà bien l’hérésie par excellence qu’il fallait s’abstenir de soutenir et qui a coûté la vie à tant de militants victimes de la terreur stalinienne qui déferlait alors impitoyablement en Espagne contre la révolution sociale en marche, et qui a pris une ampleur particulière après les soulèvements de mai 1937 à Barcelone. Parmi les dissidents victimes de cette terreur, des centaines de volontaires des brigades internationales ont été exécutés sommairement sous les ordres du conseiller politique, membre du Parti communiste français, André Marty, surnommé « le boucher d’Albacete ». Il faut seulement se réjouir de ce que Bethune ait quitté l’Espagne au bon moment, à la date même au-delà de laquelle il aurait sans doute été trop tard.

Bethune, qui est décrit par Hannant comme étant « bien davantage un militant, un homme de terrain, qu’un théoricien du communisme » (p. 15), semble pourtant avoir bien appris la leçon par la suite. On le constate dans ses nombreux écrits de la période chinoise de 1938 et 1939 où il fait à satiété l’apologie de la politique stalinienne du « front uni » du Parti communiste et du parti nationaliste bourgeois qu’est le Guomindang, politique qui avait mené en 1927 à l’écrasement du Parti communiste, dès lors expulsé des grandes villes et contraint à se reconstruire dans les campagnes comme un appareil militaire, administratif et politique. Défendant cette politique, Bethune écrit en particulier :

Aucune propagande communiste ou prétendument telle n’est faite, sauf par les réactionnaires. Le programme conjoint Parti communiste-Guomindang est fondé sur les trois principes [démocratie, nationalisme, amélioration du niveau de vie…] auxquels le Guomindang, parti qui tente par tous les moyens d’éliminer le Parti communiste depuis onze ans [...] avait renoncé en 1927 [...].Absolument rien n’est envisagé pour confisquer la propriété, collectiviser la terre ou abolir le système capitaliste. La révolution prolétarienne est volontairement suspendue—la révolution bourgeoise prime [...]. Il n’y a rien de communiste ici. La région n’est pas gouvernée par un soviet, mais par un front uni [...]. Le seul qui ose encore prêcher le communisme « pur » et la révolution prolétarienne en Chine, c’est le trotskiste [...]. Tout le monde admet que la VIIIe armée de route et le Parti communiste avaient assez d’influence dans la région pour y fonder un soviet; si les communistes l’avaient voulu, ils auraient eu la partie relativement facile. Ils ne l’ont pas voulu. Ils ont plutôt insisté pour un gouvernement de front uni. (p. 321–322)

Une vision qui tranche, c’est le moins qu’on puisse dire, avec celle qu’il défendait en Espagne en 1936–1937, et qui ne pouvait que rassurer tant le Parti communiste canadien que le Parti communiste chinois, l’un comme l’autre sous la botte de Staline.

En guise de conclusion, Politique de la passion est un livre passionnant, très bien traduit, de grande qualité !

Louis Gill
Bulletin d'histoire politique 15.3, printemps 2007
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Norman Bethune ne peut pas être considéré comme un homme simple. Sa vie, c’est le monde. Mort prématurément d’une septicémie contractée pendant une opération, il a passé les 20 dernières années de sa vie à se battre contre la tuberculose. Il a mené une croisade contre cette maladie, pendant laquelle il se buttait au conservatisme de ses collègues médecins. Il a tout de même réussi à faire avancer la science par de nombreuses innovations techniques et idéologiques. Son adhésion au Parti communiste du Canada l’a entraîné à l’étranger : parti pour l’Espagne, il a lutté contre les fascistes de Franco. La défaite des Républicains le ramène au Canada, mais Bethune s’embarque rapidement pour la Chine pour combattre les Japonais au côté de Mao. Ses écrits et ses oeuvres d’art sont réunis en français dans cette fabuleuse édition annotée.
Simon Paradis
Le Libraire, mai-juin 2007
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Norman Bethune : médecin du monde

Homme doté d’une force et d’une vitalité prodigieuses, Norman Bethune fascine par son parcours hors du commun, qui le mena du Montréal de la grande crise à la Chine de l’occupation japonaise en passant par l’Espagne de la révolution et de la guerre civile. Recueil le plus complet des travaux du médecin publié à ce jour, Politique de la passion permet de sonder ses côtés les plus obscurs et les moins connus : ses amours aussi passionnées que tordues, de même que ses créations artistiques. Larry Hannant a réuni dans ce volume des dizaines de lettres à Frances Penney (avec qui il s’est marié et divorcé deux fois !), des reproductions de ces principales oeuvres picturales, des poèmes et des nouvelles de même que des travaux scientifiques et des discours radiophoniques.

Norman Bethune, né en 1890 en Ontario, devient un brillant médecin, rapidement reconnu pour sa croisade contre la tuberculose. Critique de sa profession, il déclare que « [la] médecine, telle qu’on la pratique dans ce pays, est [...] un commerce basé sur la concurrence et la recherche du profit individuel. » La pratique d’une médecine honnête ne peut se détacher des questions politiques, économiques et sociales de son époque. « Il est donc fatal que la médecine présente aujourd’hui les mêmes symptômes [...] qui affectent le monde capitaliste, et qu’elle traverse la même crise que lui. » Il devient l’un des premiers médecins à appuyer l’idée d’un système médical sans but lucratif géré par l’État.

Bethune adhère au Parti communiste en 1936 et part pour l’Espagne, rejoignant les rangs des républicains en lutte contre le pronunciamiento de Franco. Lyrique, il envoie des « communiqués de Madrid » publiés dans les journaux canadiens : « La révolution des ouvriers contre les répressions économique, intellectuelle et religieuse » est le fait des Espagnols, « qui ont eu l’honneur et l’audace d’affronter [les] problèmes avec un regard plus clairvoyant, des poings plus serrés, et des coeurs plus vaillants que ceux des travailleurs du reste du monde. » Bethune y met sur pied le Servicio canadiense de transfusión de sangre (Service canadien de transfusion sanguine). Ce faisant, il invente la plupart de ses appareils, apporte des innovations dans le transport et l’entreposage du sang, contribuant encore une fois à la progression de la médecine.

Larry Hannant a pu mettre la main sur des documents inédits qui jettent un éclairage nouveau sur les raisons qui poussent Bethune à quitter l’Espagne. Sa maîtresse à Madrid, Karjsa von Rothman, alias Gretchen, espionne pour l’Allemagne. Après un retour bref mais triomphal au Canada—à Montréal le 18 juin 1937, 9000 personnes assistent à un rassemblement de solidarité avec les républicains espagnols où Bethune prend la parole—il s’embarque pour la Chine début 1938.

Durant les deux années suivantes et jusqu’à sa mort, il met sa fougue au service des communistes chinois dans leur lutte contre l’occupation japonaise. Il créé des blocs opératoires mobiles qu’il transporte quasiment sur la ligne de front, met sur pied des hôpitaux de campagne, forme des centaines de médecins dans les rangs de la célèbre VIIIe armée de route dirigée par Mao Zedong et rédige un « manuel sur l’organisation et le travail des unités chirurgicales mobiles divisionnaires ». Essoufflé et isolé, mais néanmoins lucide sur les perspectives de la guerre—« La guerre sera longue. Nous la voulons même très longue. Nous nous préparons à combattre au moins dix ans »—, il meurt le 12 novembre 1939 des suites d’une septicémie contractée en opérant un soldat blessé.

Dans « Blessures », un texte célèbre écrit en Chine enfin disponible en français, Bethune n’hésite pas à faire les liens qui s’imposent entre capitalisme et impérialisme : « Les guerres d’agression, celles qu’on mène pour conquérir des colonies, ne sont-elles donc qu’une autre façon de faire des affaires ? Tout porte à le croire, même si les instigateurs de ces crimes nationaux drapent soigneusement leurs intentions véritables dans un manteau de nobles idéaux et abstractions. Ils font la guerre pour pouvoir s’emparer de marchés par le meurtre, de matières premières par le viol. Ils trouvent moins coûteux de voler que de troquer ; plus facile d’assassiner que d’acheter. Voilà le secret de cette guerre. Le secret de toutes les guerres. Les affaires, le profit. L’argent du sang. »

Yachar Sunal
À Bâbord !, avril-mai 2007
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Norman Bethune: rebelle et pour cause

Si un jour vous prenez le métro à Montréal et que vous sortez à la station Guy-Concordia, vous y remarquerez sans doute un des plus grands rassemblement de pigeons en milieu urbain qui puisse être vu. Au milieu, s’élève une grande statue blanche rehaussée de fientes de pigeon, tendue vers le ciel dans un style qui rappelle un peu celui du réalisme soviétique. Ce monument de composite blanc, élevé à la mémoire du médecin Norman Bethune (1890–1939), est sans cesse souillé par les pigeons.

Or, la ville de Montréal a annoncé officiellement il y a quelques jours qu’elle allait complètement refaire l’aménagement de ce coin de rue dans les prochains mois, afin de mettre en valeur ce monument dédié à un homme qui demeure une des personnalités les plus connues à l’étranger.

Héros en Chine
En Chine, Normand Bethune est toujours considéré aujourd’hui comme un véritable héros populaire. À l’école, les enfants apprennent depuis 50 ans qui il est et quel fut le rôle déterminant qu’il joua, dans les armées de Mao, lors de la résistance chinoise à l’envahisseur japonais.

C’est d’ailleurs ce qu’est venu dire l’autre soir un délégué du gouvernement chinois à l’occasion de l’ouverture d’une petite exposition consacrée à Norman Bethune, qui est présentée ces jours-ci à la Fondation Aubin, dans l’édifice de la Bibliothèque Atwater, au 1200, avenue Atwater à Montréal.

Méconnu au Canada
Ici, on a pourtant bien du mal à se souvenir de lui. Au début des années 1970, alors que l’Amérique entière adoucissait ses relations avec la Chine, le gouvernement de Pierre Trudeau a permis la création d’un musée Bethune en Ontario, à Gravenhurst. Il y a, bien sûr, eu aussi un film à gros budget, mettant en vedette Donald Sutherland. On a publié en outre quelques livres, dont Docteur Bethune, une biographie signée par Sydney Gordon et Ted Allan, qui ont connu du succès. Et vient tout juste de paraître, pour la première fois en français, les oeuvres complètes de Norman Bethune, sous le titre de Politique de la passion. Mais force est d’admettre qu’un des personnages les plus fascinants de notre histoire demeure à peu près inconnu de la population.

Né à Gravenhurst en 1890, Norman Bethune a mené des études de médecine en Ontario, à Toronto. Frappé encore jeune par la tuberculose, ce sida du début du siècle dernier, il se montre vite sensible à la médecine liée aux maladies du poumon. Interné dans un centre pour tuberculeux, il prédit sa propre mort tout en continuant de peindre une grande fresque, de s’évader des gardes la nuit et de festoyer comme le bon vivant qu’il est… Contre toute attente, il réussit à s’en sortir en réclamant une intervention chirurgicale très risquée.

Sorti de son sanatorium, Normand Bethune se remarie avec la femme dont il vient de divorcer et se met à développer plusieurs instruments médicaux pour les opérations aux poumons. Il fait breveter ses inventions. Une compagnie américaine achète l’exploitation des brevets et le voilà, comme par magie, devenir indépendant de fortune!

De la médecine sociale
Ce médecin est un des premiers à réclamer chez nous l’exercice d’une médecine sociale. Il s’intéresse en particulier au sort fait aux Canadiens français, dont on a tendance aujourd’hui à oublier un peu trop facilement que, dans les années 1920 et 1930, leur situation a fait l’objet de comparaisons avec celle des plus démunis de la terre. On comparait même le niveau de vie des habitants des quartiers pauvres francophones à ceux de Calcuta, en Inde.

Normand Bethune a écrit un mémoire pour réclamer des autorités publiques des soins gratuits pour tous. Il a été un des premiers à défendre farouchement pareille position sur la place publique, à une époque où personne encore au Québec ne semblait avoir trop compris encore la nécessité des interventions publiques pour assurer le bien-être commun.

Chirurgien, Normand Bethune pratiquait la médecine d’une façon jugée « originale » par ses collègues. Dans ses temps libres, Normand Bethune organisait chez lui, à Montréal, des ateliers d’enseignement de la peinture pour les enfants, tout en se passionnant pour quelques femmes et la politique.

L’engagement
La montée du fascisme en Europe le consterne. Il suit avec attention les avancées d’Hitler et de Mussolini. Lorsque la guerre civile espagnole éclate, il sent que le sort du monde bascule et part combattre au plus vite.

Il s’est alors engagé depuis un moment du côté des communistes. Sans être dogmatique, il estime surtout que ce parti affirme la nécessité de résister au fascisme et à la pensée d’extrême-droite. En Espagne, Bethune organise pour la première fois sur un théâtre d’opérations militaires des unités de transfusions sanguines mobiles. Il opère tant qu’il peut, dans des conditions précaires. Mais sa vie de bohème apparaît un peu désordonnée à ses camarades des services sanitaires: il part à l’occasion, sans prévenir, festoyer à Paris pour se changer les idées…

Puis, Normand Bethune se sent appeler vers un nouveau théâtre politique. Il part en Chine. Mao tente alors d’organiser une résistance efficace à l’envahisseur Chinois. Les médecins manquent. Des milliers de soldats chinois sont blessés et meurent faute de soin. Normand Bethune entend faire de son mieux pour les aider. Il est nommé par Mao lui-même grand responsable des services médicaux des armées. Normand Bethune forme alors des assistants, donne des notions d’hygiène de santé, puis se retrouve aux premières lignes du front, où il opère dans des conditions très difficiles, avec un minimum d’instruments et de médicaments. Il opère sans relâche et avec détermination.

Lors d’une opération, il se blesse. La maladie s’empare de lui. Il sait qu’il est condamné, faute de médicament. Il sait qu’il n’en plus pour longtemps à vivre. Il a néanmoins encore la force d’écrire, encore et encore. On ignore, et c’est très malheureux, que Normand Bethune écrit beaucoup et très bien. Il nous a laissé des textes exceptionnels, tant sur la médecine que sur l’engagement social qui était le sien. Un de ses plus beaux textes, sans conteste, est celui où, installé en Chine, il décrit sa pratique de la médecine en temps de guerre. Normand Bethune y présente, sous formes de fragments très rapides, avec une évidente maîtrise de la plume, son travail, ses souffrances et ses préoccupations. C’est un des nombreux textes qu’a retrouvé le professeur Larry Hannant et qui ont été traduits dans Politique de la passion, ce livre qui rassemble tous les écrits de Bethune.

En attendant que la ville de Montréal éloigne les pigeons du monument Bethune que lui a offert la Chine il y a plusieurs années, on pourra toujours essayer de mieux le comprendre en le lisant.

Lien audio: http://www.radio-canada.ca/radio/emissions/document.asp?docnumero=35750&numero=62

Jean-François Nadeau
Macadam Tribu, Radio-Canada Première chaîne, samedi 14 avril 2007
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Norman Bethune -- L’admirable histoire d’un héros

J’ose à peine aborder la recension de ce livre consacré à un personnage inouï, Politique de la passion, une vie du Dr Norman Bethune, 1890–1939, chirurgien né en Ontario, ayant exercé sa profession à Montréal, et qui, en 1935, en pleine Crise économique, scandalisé par les conditions sociales des masses, se tourna vers le communisme. En 1936, il se rendit en Espagne en qualité de médecin chirurgien pour combattre Franco, puis en Chine en 1938, pour lutter contre les Japonais, dans les deux cas le fascisme.

Cette vie tumultueuse, dramatique, toujours aux antipodes du conformisme tant sur le plan personnel que public, fut celle d’un grand imaginatif, passionné, créateur, impulsif, très conséquent néanmoins dans sa carrière de chirurgien puis dans son engagement de 1936 à 1939 comme médecin de guerre travaillant sur le front.

On est ébloui par ce personnage et par les péripéties de son existence. Étudiant en médecine (1912–1914), brancardier blessé à Ypres pendant la Grande Guerre, reçu médecin en 1916, retourné à la vie militaire, sur un porte-avions, en 1917, puis exerçant son métier de chirurgien dans le civil à partir de l920, marié en 1923, atteint de tuberculose en 1926, guéri en 1927, divorcé avec son accord la même année (il apprend son divorce par un télégramme de sa femme, lui répond sur-le-champ en la félicitant et en la redemandant en mariage !). Il se remarie effectivement avec elle en 1929, et le couple divorce de nouveau en 1933. La biographie rapporte tout cela, lettres à l’extrême gauche, se déclare communiste et alors, en 1936, il part pour l’Espagne puis, en 1938, pour la Chine.

En Chine, il se donne corps et âme. Ce qu’il y accomplit est stupéfiant. Ses journées n’en finissent pas. Il fait, comme il le raconte, par exemple 110 opérations en 25 jours, une fois 8 opérations et 2 transfusions de sang en une seule journée. Il travaille de 5 heures 30 du matin jusqu’à 21 heures. On peut se faire une idée de cette trépidation par ses notes, comme celle-ci : le 21 août 1938, il opère toute la journée—dix cas dont cinq très graves. Les chirurgiens d’aujourd’hui seraient à même, par comparaison, de mesurer une performance pareille…
Il ne fait pas qu’opérer. Il écrit beaucoup. Toutes sortes de choses, dont maints mémoires destinés aux cadres militaires supérieurs, certains textes pour Mao lui-même, lettres au Canada décrivant la situation et demandant de l’aide. Il organise des services dans des conditions difficiles, il forme des aides, il voit à tout. En somme, il n’arrête pas et, de plus, il refuse tout salaire.

Il survécut deux ans à ce régime exténuant, souvent dans des situations périlleuses à cause de l’armée japonaise à proximité. Mais la fin arrive abruptement. Le 28 octobre l939, il se blesse à un doigt en opérant, cette blessure s’infecte, son organisme affaibli ne résiste pas et il meurt le 12 novembre, à 49 ans.

En Chine, Bethune est aujourd’hui considéré comme un héros national. Les enfants apprennent sa vie à l’école comme ils apprennent celle de Mao.

Politique de la passion est un gros livre, 450 pages. C’est un ouvrage d’une belle rigueur, rempli de textes de Bethune lui-même, lettres personnelles et autres, études, considérations politiques et militaires, notations médicales, etc. Le tout est animé comme un récit, appuyé sur des documents reproduits textuellement. De plus, il donne une vue plongeante sur l’époque, la Crise, le fascisme qui commence, l’atmosphère de Montréal et du pays, la situation mondiale dans les années 30.

Cette oeuvre, très bien traduite en français, est magnifique. Il serait bon que quotidiens et périodiques y fassent écho dans leurs pages. J’en formule le voeu. Ce n’est pas tous les jours qu’en édition québécoise nous échoit un ouvrage de ce calibre.

Pierre Vadeboncoeur
Le Couac, mars 2007
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Un Norman Bethune antibritannique

Humaniste enveloppé d’une cape rouge, le médecin-révolutionnaire canadien était allergique aux théories, sujet aux sautes d’humeur et armé d’un style flamboyant

En 1937, à son retour d’Espagne, Norman Bethune, qui a oeuvré comme médecin dans les rangs des républicains au cours de la guerre civile, sursaute lorsqu’à New York le correspondant du quotidien The Gazette lui demande s’il est communiste. Il répond : « Absolument pas… Qualifiez-moi de socialiste, si vous le désirez… Avant tout, je hais le fascisme. » Le Canadien est fait d’une seule pièce, mais il n’a rien d’un doctrinaire.

Voilà ce qui ressort du portrait que brosse de lui Larry Hannant, professeur d’histoire à l’Université de Victoria (Colombie-Britannique), dans l’ouvrage le plus complet qu’on lui ait consacré. Enrichi de photos, le recueil, publié en anglais il y a près de dix ans et intitulé avec beaucoup d’à-propos Politique de la passion, renferme les écrits et les interventions orales de Bethune. Dans l’édition québécoise qui vient de paraître, ils sont souvent traduits en français pour la première fois.

En présentant avec minutie chacun des documents dans l’ordre chronologique, Hannant compose sous un jour nouveau la biographie du révolutionnaire allergique aux théories, sujet aux sautes d’humeur, mais armé d’un style flamboyant. Il le décrit comme « un humaniste enroulé dans une cape rouge ».

Hannant ne cache pas que Norman Bethune (1890–1939) avait tout de même adhéré au Parti communiste du Canada en 1935. Il restitue dans ses contradictions et sa complexité l’homme qui a été médecin, poète, peintre, photographe, inventeur d’instruments chirurgicaux, amant de plusieurs femmes et héros vénéré, sur l’ordre de Mao, par des centaines de millions de Chinois.

Rien ne prédestinait l’anglophone fier de ses ancêtres écossais, le fils agnostique d’un pasteur presbytérien de l’Ontario profond, à diriger de 1933 à 1936 une équipe canadienne-française en chirurgie pulmonaire, chez les Soeurs de la Providence, à l’hôpital du Sacré-Coeur de Cartierville. Nul ne s’attendait à ce que Bethune, après avoir observé les diverses tendances qui s’affrontaient en Espagne, déclare : « Les gens ont tort de croire qu’on ne peut être à la fois antifasciste et catholique. »

Le médecin canadien est conscient qu’à côté des communistes et des anarchistes, des catholiques, simples républicains, résistent aux troupes rebelles de Franco qui a intérêt, devant l’opinion internationale, à confondre tous les adversaires avec des massacreurs de prêtres. Il ne faut pas oublier que le général, fort de l’appui de la majorité des évêques espagnols, mais non de la totalité, veut renverser une coalition gouvernementale démocratiquement élue !

Contre l’injustice

On comprend que l’antifascisme viscéral de Bethune dépasse les idéologies. Il s’agit du cri du coeur que l’injustice lui arrache. À ses yeux, Madrid devient « le centre de gravité du monde ». Le médecin travaille au sein des Brigades internationales, formées de volontaires accourus pour sauver la démocratie, mais que la Grande-Bretagne, le Canada et d’autres États capitalistes jugent clandestins.

Sujet de Sa Majesté, Bethune ose s’attaquer au coeur même de l’Empire britannique pour démasquer l’hypocrisie. Il affirme : « Pour des raisons strictement économiques, l’Angleterre souhaite une Espagne faible et ruinée. Le gouvernement capitaliste de Londres et ses diplomates, Anthony Eden à leur tête, sont pronazis… Les véritables causes de la guerre civile espagnole, et celles qui déclencheront fort probablement la prochaine guerre mondiale, se trouvent dans une rivalité économique impérialiste. »

Dans cette déclaration intempestive faite en 1937, l’allusion à Eden peut surprendre, car le ministre des Affaires étrangères s’inquiétera de la politique d’apaisement vis-à-vis de Hitler que Chambellan, le premier ministre britannique, concrétisera l’année suivante en participant aux accords de Munich. Mais si l’on remplace seulement l’épithète « pronazis » par l’épithète « opportuniste », l’analyse de Bethune sur les liens stratégiques entre le capitalisme et le fascisme se défend.

En 1939, l’Allemagne expansionniste deviendra très menaçante pour la Grande-Bretagne. Elle empêchera les conservateurs anglais de rêver de ce qu’appréhendait le grand intuitif qu’était Bethune : une alliance avec les régimes dictatoriaux de droite pour contrecarrer la montée de la gauche en Europe occidentale.

Être non doctrinaire ne signifie pas être apolitique. L’infatigable chirurgien part pour la Chine en 1938. Arrivé là, il soigne les blessés pendant la guerre que Mao mène contre l’envahisseur : le Japon, allié des nazis.

Il constate que pour ses camarades « le communisme est un mode de vie, pas seulement une façon de parler ou une vue de l’esprit ». Grâce à la Chine et à ce mode de vie « aussi instinctif que le réflexe rotulien », Bethune, l’anglophone aux racines britanniques, obtient la confirmation que la terre entière est un théâtre unique où le fascisme n’est que le masque hideux d’un vieil oncle capitaliste qui parle la langue maternelle.

Michel Lapierre
Le Devoir, samedi 17 mars 2007
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Norman Bethune, un croisé mort en martyr

Rares ont été les travaux qui ont su dépeindre pleinement la personnalité de Norman Bethune. Et pour cause, puisque l’histoire en retient un homme complexe, dont l’ambivalence a donné bien du fil à retordre aux érudits. « Bethune était avant tout un homme d’action, toujours en mouvement, et jamais statique [...] c’était pour l’essentiel un homme passionné, exalté, qui adorait la vie et la prenait à bras-le-corps » tout en restant l’éternel « colérique, agressif, autodestructeur et charismatique » personnage que l’on sait.

Pour investir cet espace, l’historien Larry Hannant soumettait en 1998 une mise à jour biographique et documentaire. Enfin traduit en français, Norman Bethune : Politique de la passion est un recueil volumineux mais agréablement vulgarisé. Le chercheur nous laisse y apprécier le cheminement personnel et intellectuel de Bethune, tâter ses hésitations, ses réticences, et comprendre sa progression idéologique.

Pour Hannant, aucun auteur ne s’est concrètement attardé à cet aspect complexe mais prenant de la vie du célèbre médecin. Se gardant bien de réinventer la roue, il tire avantage de l’ouverture des archives soviétiques et, tranquillement, chinoises afin de poursuivre le débat sur ce héros oublié de l’histoire canadienne. « Je n’entendais pas écrire une nouvelle biographie de Bethune, mais à certains égards, mon travail présente sa légende d’une autre façon. Il jette un éclairage neuf et instructif sur l’homme, sur l’artiste et sur le révolutionnaire », écrit-il.

Hannant s’applique à présenter le chirurgien dans sa complexité, tout en le laissant exprimer son humanité. D’où l’intérêt pour ce vaste choix de textes, poèmes, récits, discours et oeuvres artistiques signées de la main même de Bethune. Documents révélateurs qui livrent l’évolution d’un médecin brillant depuis les sombres jours de sa tuberculose jusqu’aux lignes de front de la guerre sino-japonaise. « En substance, Bethune était bien davantage un militant, un homme de terrain, qu’un théoricien du communisme. À plusieurs reprises dans ses écrits, il parle du besoin de faire la révolution, sous l’égide d’un parti politique vigoureux, ayant ses racines dans le peuple même. » Fait curieux mais fondamental pour Hannant : « Avant 1935, en vérité, Bethune n’était pas même gauchiste. Jusque-là, il ne manifestait pas la moindre intention de se mêler au débat politique. Il ne fut communiste que pendant les quatre dernières années de sa vie. Mais la transition fulgurante qu’il a effectuée, en passant d’irréductible individualiste à communiste déclaré, est flagrante dans ses écrits des années 1935 et 1936. »

C’est avec méthode que l’auteur présente et commente les écrits de Bethune, cherchant les tournants, confrontant ses prises de positions et sa réflexion idéologique. L’histoire de ce militant internationaliste est ainsi dépeinte à travers la médecine, son activisme politique et ses amours, autant de vies auxquelles il consacra régulièrement sa plume.

Triomphant de la tuberculose en 1927, Bethune orienta sa carrière vers la chirurgie pulmonaire, domaine de pointe où il fut vite reconnu comme pionnier. Tribune confortable pour faire valoir ses idées avant-gardistes. En aval, la pratique de la médecine même devrait se moderniser. En amont, Grande Dépression aidant, Bethune milita pour l’investissement par les pouvoirs publics de la santé sociale. Navré d’un système économiquement discriminatoire, Bethune prônait la démocratisation des soins de santé et l’État-Providence, alors que la Grande Dépression décimait la société. Fort d’un séjour scientifique en URSS, il conclut en 1936 : « Socialiser la médecine, c’est faire en sorte que la protection de la santé devienne une question d’intérêt public, [...] c’est la financer à partir des deniers publics, [...] c’est offrir des soins de santé à tous, sans égard aux revenus, mais en fonction des besoins de chacun. Une politique plus juste, plus équitable doit remplacer les oeuvres de charité, car la charité avilit celui qui la donne, tout en corrompant celui qui la reçoit. » Devant l’atavisme des pouvoirs publics et du milieu médical, et suite à des écueils amoureux, Bethune porte son action sur le front espagnol. Sa détermination et sa ferveur à lutter contre le fascisme en feront une légende. C’est en Chine, où il mourra dans l’action, qu’il trouvera le véritable sens de sa lutte. Entre cet alpha et cet omega, Hannant commente avec admiration la vie d’un croisé mort en martyr.

Contemporain du Mao de Chang Jung et Jon Halliday, Politique de la passion s’inscrit directement dans le grand chantier historique, cette ruée vers l’est qui cherche à comprendre et revisiter la légende communiste.

Wilfried Cordeau
L'aut'journal, février 2007
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Norman Bethune, un vrai héros au sens premier du terme
Nous savions que le docteur Norman Bethune était vénéré en Chine à l’égal d’un Mao. Mais à défaut de pouvoir se taper une biographie du personnage, il est difficile de se faire une idée de la dimension humaine du personnage. Larry Hannant nous présente, non pas une biographie, mais un assemblage de textes de Bethune, souvent traduits pour la première fois en français. Des textes qui peuvent être de nature scientifique (on sait qu’il s’acharna à lutter contre la tuberculose), les transfusions sanguines dont il fut un pionnier, etc. Mais aussi des documents, des lettres qui offrent un éclairage impressionnant sur l’homme et l’oeuvre. Au cours de la guerre d’Espagne, il s’était trompé en prévoyant que jamais Franco ne s’emparerait de la capitale. Communiste au sens noble du terme il donnera le premier l’exemple d’un grand altruisme au secours des plus démunis. En ce XXIe siècle marqué par l’égoïsme, un Bethune se compte aujourd’hui sur les doigts de la moitié d’une main.
Daniel Rolland
Culturehebdo.com, décembre 2006
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert