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Michel Lévesque
De la démocratie au Québec
Anthologie des débats autour de l’idée de la démocratie,
de la Seconde Guerre mondiale à la crise d’octobre 1940-1970
Entre 1940 et 1970, l’idéologie démocratique déferle sur le Québec comme un véritable raz-de-marée. « Jamais on n’a tant parlé de démocratie. » Perçue comme « une nouvelle religion » et considérée comme « l’idole des temps nouveaux », les élites québécoises semblent d’ailleurs s’y intéresser plus qu’à tout autre sujet. En fait, la démocratie apparaît au cours de cette période de plus en plus comme une nouvelle idée-force dans le paysage idéologique québécois. Une idée-force qui va susciter moult débats qui, curieusement, ont été occultés dans l’historiographie québécoise. Mais qu’est-ce que la démocratie ? Quelles sont les conditions essentielles à l’existence d’une véritable démocratie ? À quel moment est-elle apparue au Québec ? D’où tire-t-elle ses origines ? Existe-t-elle vraiment au Québec ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles tentent de répondre les vingt-trois auteurs dont les textes sont réunis dans la présente anthologie. Les réponses à ces questions seront d’ailleurs à l’origine de la création de plusieurs mythes concernant la démocratie. Mythes qui vont marquer la mémoire collective, autant celle des Québécois que celle des Canadiens anglais, pendant plusieurs années. Parmi les auteurs qui se sont intéressés à ce sujet et qu’on retrouve ici mentionnons, entre autres, Pierre Trudeau, Jean Marchand, la Gendarmerie royale du Canada, Michel Brunet, Guy Frégault, François-Albert Angers, David Lewis, Frank Scott, Léon Dion, Jacques Perrault, Jean-Charles Harvey, Florence Fernet-Martel, Mgr Maurice Roy, les abbés Arthur Maheux et Gérard Dion, Pierre Vadeboncoeur, Marcel Rioux, Pierre Maheu et Jean-Marc Léger. Michel Lévesque est politologue et historien. Diplômé des universités Laval, McGill et de l’Université du Québec à Montréal où il a obtenu un doctorat en histoire portant sur la démocratisation du Parti libéral du Québec et les origines de la Révolution tranquille, il a enseigné l’histoire politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières et à l’UQAM. Il a également publié plusieurs articles et ouvrages portant sur la politique canadienne et québécoise.
Bonnes feuilles (format pdf) 302 Ko
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Parution : 09/03/2005
ISBN : 2-89596-034-8 386 pages 13 x 21 cm 26.60 $ |
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La réflexion théorique et les débats idéologiques entourant la notion de démocratie ne sont pas près de s’épuiser. Il s’agit d’un thème important, sinon central, dans nos sociétés libérales, qui ne perd jamais de son actualité. La littérature contemporaine en philosophie politique, ainsi que les études comparées des politiques canadienne et québécoise, abordent régulièrement le thème de la démocratie, des conditions de sa réalisation et des mécanismes institutionnels qui lui donnent corps. L’ouvrage de Michel Lévesque nous rappelle que les enjeux idéologiques qui y sont associés ont aussi fait l’objet de réflexions et de débats au Québec entre 1940 et 1970. La lecture de ces textes illustre bien le fait que la démocratie se présente toujours comme un idéal à réaliser, mais surtout que les évaluations que l’on peut en faire sont en grande partie déterminées par le contexte historique. Michel Lévesque note « une tendance manifeste chez plusieurs auteurs à présenter leurs présupposés comme des vérités établies en s’appuyant sur une interprétation empirique de l’histoire en lieu et place d’analyses approfondies et étoffées » (p. xxxv). Le passage du temps nous permet de réaliser la pertinence de cette remarque à la lumière des préoccupations qui dominaient au milieu du 20e siècle au Québec et au Canada. Toutefois, il pourrait tout aussi bien s’agir d’un rappel méthodologique à l’endroit des jugements qui sont posés aujourd’hui sur l’état de la démocratie canadienne et québécoise. Ce livre, comme son titre l’indique, cherche à sortir des oubliettes de l’histoire vingt-cinq textes qui ont abordé, sous différents angles, la question de la démocratie. Certains des auteurs dont les contributions sont reproduites sont bien connus : Gérard Dion, Léon Dion, Guy Frégault, Jean-Charles Harvey, Jean-Marc Léger, Jean Marchand, Marcel Rioux, David Lewis et Frank R. Scott, Pierre Elliott Trudeau. D’autres le sont beaucoup moins en dehors de certains cercles. Michel Lévesque a fait un travail remarquable de sélection sur la base des idées (forcément contradictoires) qui sont avancées. Il explique : « les textes retenus portent ainsi tantôt sur les fondements de la démocratie, tantôt sur sa nature, tantôt sur ses origines idéologiques ou historiques, tantôt encore, sur les dangers qui la guettent ou les conditions qui sont nécessaires à son existence » (p. x). Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater que la facture de chacun des textes est fort différente. Certains sont des leçons visant à expliquer le concept à des auditoires ciblés. C’est le cas de l’étonnant texte rédigé en 1952 par la Gendarmerie royale du Canada intitulé « Le droit et l’ordre : source et sauvegarde de la démocratie », mais aussi d’un texte inédit de Pierre Vadeboncoeur (1955) qui explique aux membres de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada en quoi le syndicalisme est comme un rempart de la démocratie. Autre exemple : celui de l’abbé Gérard Dion qui aborde, devant les membres du Montreal Board of Trade en 1957 ou dans le cadre d’une conférence prononcée à l’occasion d’une conférence organisée par l’Institut canadien d’éducation des adultes en 1958, les tenants et aboutissants des principes démocratiques. D’autres textes sont davantage des analyses de conjoncture, ou prennent la forme de plaidoyers, ou encore d’analyses historiques. Pour mettre un peu d’ordre et de cohérence dans ce qui aurait pu devenir un collage plus ou moins réussi, Michel Lévesque signe une longue et intéressante introduction dans laquelle il justifie les choix et la période retenus. Il souligne, à juste titre, le caractère polymorphe du concept de démocratie (ce qui n’étonne guère), mais surtout le fait qu’il s’agit là « d’un enjeu idéologique de première importance au sein de la société québécoise durant cette période. Et, l’enjeu autour duquel les débats semblent se cristalliser consiste à déterminer si la démocratie existe ou non au Québec » (p. xiii). À cet égard, il rappelle les différentes raisons invoquées pour répondre à la question soulevée et identifie les six déterminismes qui les alimentent : psychologique (l’absence d’esprit démocratique), culturel (normes et valeurs sociales), historique (s’agit-il ou non d’un héritage de la Conquête et des institutions britanniques ?), idéologique (conceptions divergentes entre le Québec et le Canada anglais), institutionnel (la pratique du parlementarisme) et structurel (fédéralisme et capitalisme). Cette mise en perspective est particulièrement utile pour guider le lecteur à travers des textes aussi disparates par leur contenu, leur longueur, les publics visés et la nature de l’analyse qu’ils proposent. On saura gré à Michel Lévesque d’avoir fait précéder chaque texte d’une courte introduction permettant de mieux situer chaque auteur. Il y justifie son choix, mais présente aussi un bref résumé des propos développés dans le texte. De plus, ces introductions sont particulièrement utiles puisqu’elles permettent de situer les textes les uns par rapport aux autres en vue d’en voir les divergences et les complémentarités. Il s’agit là d’un travail exemplaire qui assure une plus grande cohérence à cette anthologie. Il est toutefois regrettable que le directeur de l’ouvrage n’ait pas jugé bon d’informer le lecteur des répercussions que ces propos ont pu avoir sur la société québécoise. On comprend aisément que le foisonnement des écrits sur l’idée de démocratie soit aussi le résultat de changements sociaux et politiques que le Québec a connus au cours de cette période, notamment l’implantation d’un État-providence après la Seconde Guerre mondiale. Mais une mise en perspective des répercussions de ces débats idéologiques sur la société québécoise aurait fort bien complété la très riche introduction. Pour qui voudrait poursuivre l’analyse, le livre dresse une liste des conférences, colloques et symposiums ayant porté sur la démocratie au cours de cette période. Il contient aussi une ébauche de bibliographie des textes publiés sur cette thématique entre 1940 et 1970, ainsi que quelques études plus récentes sur le traitement de l’idée de démocratie depuis l’après-guerre. La publication de cet ouvrage vaut la peine d’être saluée. Cette anthologie souligne l’importance et la richesse de la réflexion sur le thème de la démocratie dans le Québec d’avant la Révolution tranquille. Elle permet de montrer les différentes conceptions qui s’affrontaient dans l’espace discursif et, par la même occasion, les critiques larvées du régime politique en place. Il s’agit d’un ouvrage utile pour ceux qui voudraient se (re)plonger dans l’esprit de l’époque, mais aussi poursuivre l’analyse sur la base des catégories développées dans l’introduction. François Rocher
Revue canadienne de science politique,
septembre 2007
À ce sujet, Michel Lévesque, politologue et historien, vient tout juste de publier chez Lux Éditeur une excellente anthologie sur les débats autour de l’idée de la démocratie, anthologie s’intitulant « De la démocratie au Québec ». On y retrouve quelques 25 textes publiés entre la Seconde Guerre mondiale et la Crise d’octobre et provenant de sources très variées (abbés, politiciens, syndicalistes, intellectuels et même la GRC). La plupart de ces textes demeurent tristement d’actualité, en ce sens que les problématiques soulevées il y a trente, quarante et cinquante ans, ne sont toujours pas résolues. D’emblée, on peut constater à la lecture des textes rassemblés dans ce livre qu’il n’existe pas de définition commune de la démocratie. À part la définition classique du « gouvernement par le peuple pour le peuple », chacun des auteurs s’exprimant sur le sujet apporte sa propre définition, et nul n’explique qui fait partie du « peuple » au juste. À la lecture des interprétations que chacun fait pour exposer son point, il est clair que les conceptions de ce qui constitue un régime démocratique sont assez divergentes. D’ailleurs, en colligeant ces textes, l’auteur est tombé sur plus d’une cinquantaine de qualificatifs accolés à la démocratie, comme autant de sous-dénominations. En entrevue, Michel Lévesque soulève un point qui pourrait expliquer le manque de base commune lorsque nous parlons de démocratie. Selon lui, il n’y a pas de « penseur » de la démocratie (comme Marx pour le communisme ou Bakounine pour l’anarchisme). La démocratie est donc un amalgame de penseurs, ce qui en fait une idéologie et un système politique qui devraient constament évoluer, se repositionner face aux forces en présence et aux époques. Alors qu’aux États-Unis on situe la naissance de la démocratie en 1776 avec la déclaration d’indépendance (et sa mort quelque part en 2002), personne ne s’entends sur la date de naissance de la démocratie canadienne. Qui plus est, personne ne semble même s’entendre quant à l’existence de la démocratie au Québec et au Canada. L’une des seule chose sur laquelle la plupart des auteurs tombent d’accord, c’est qu’il ne suffit pas de voter aux quatre ans pour que le système politique soit qualifié de démocratique. La plupart des questions que l’on se pose aujourd’hui face aux limites de notre système politique se retouvent déjà énoncées dans ces textes. L’esprit de parti, le financement des partis, le mode de scrutin, l’information des citoyen-ne-s, le danger de sombrer dans la ploutocratie, autant de questions essentielles sur lesquelles il est intéressant de jeter un coup d’oeil historique. Prenez cet extrait d’un texte de Jean Marchand écrit en 1954, qui pourrait décrire la situation actuelle: « Les citoyens qui se croient impuissants à exercer une influence sur la politique, qui ne disposent d’aucun moyen pour apprécier les lois en fonction de leurs intérêts et du bien commun, sont des sujets impropres à la vraie démocratie. Par leur apathie et leur ignorance, ils favorisent les recours à la démagogie, permettent la constitution d’oligarchies et détruisent graduellement le sens de la responsabilité chez les hommes politiques. Les caisses électorales deviennent alors toutes puissantes, le ton des campagnes s’avilit, l’esprit de parti ou de caste se raffermit et la corruption prend racine. Par un retour normal des choses, cette situation dégoûte davantage les électeurs qui méprisent la politique et s’en désintéressent de plus en plus ». L’un des textes les plus surprenants est sans doute celui de la GRC, datant de 1952, dans lequel on explique la démocratie aux employés du corps policier. Quelle ne fût pas ma surprise d’y lire que le peuple « possède le droit de renverser le gouvernement en utilisant les moyens légitimes et démocratiques ». Malheureusement, les « moyens légitimes et démocratiques » pour renverser un gouvernement par le peuple ne sont pas expliqués... Notre régime politique actuel traverse une période critique. Il est impératif que les débats autour de l’idée de la démocratie reviennent en masse sur la place publique. C’est ce que démontre cette période de l’histoire québécoise couverte par l’anthologie; se réapproprier les débats autour de notre système politique constitue la meilleure façon de le faire évoluer. Il faut chasser l’idée que nous vivons dans un système qui a atteint sa forme finale, achevée. Une système politique « figé » de la sorte perds sa caractéristique démocratique. Cette anthologie représente une belle invitation à reprendre les débats autour de cette idée... bob L'Aboyeur
La Tribu du verbe,
14 avril 2005
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