lux Contre-feux
Thomas Frank   
Le Marché de droit divin
Capitalisme sauvage & populisme de marché

Ce livre raconte comment, dans les années 1990, la communauté des affaires a fini par acquérir cette légitimité tant convoitée en persuadant le reste du monde que la voie du laissez-faire n’était pas seulement la meilleure et la seule possible mais également la plus soucieuse de répondre à la volonté et aux intérêts populaires. Il montre comment « détruire l’ancien monde » pour en édifier un nouveau, plus sûr, à l’usage des milliardaires fut une entreprise à la fois politique, culturelle et économique.
Journaliste à Chicago, Thomas Frank est depuis 1996 un collaborateur régulier du Monde diplomatique.
Le Marché de droit divin
Parution : 14/01/2004
ISBN : 2-89596-014-3
492 pages
12 x 21 cm
26.55 $
Revue de presse
- Consulter Le divin marché Francis Boucher Le Devoir, 10 avril 2004
- Consulter Le marché de droit divin Yvan Cliche Nuit Blanche, Été 2004
- Consulter Une « révolution culturelle » capitaliste Christian Brouillard À bâbord!, Été 2004
- Consulter Comprendre la propagande capitaliste Francis Dupuis-Déri Le Couac, Mars 2004
Le divin marché
Nous sommes en 1999. Vous travaillez dans le secteur des télécommunications. Votre employeur vous annonce ce que vous croyez être une bonne nouvelle en ces temps d’euphorie boursière: vous serez dorénavant payé sous forme de stock-options. Après tout, n’est-ce pas là une façon de prendre le contrôle de l’entreprise? Ce «communisme.com» est la voie de l’avenir, entend-on sur toutes les tribunes. Quant au patron, il est par trop fier de pouvoir diminuer le montant de sa masse salariale, faisant grimper d’autant plus la valeur de l’action de la compagnie. Tout le monde y gagne, en somme.
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Ce raisonnement, pour le moins spécieux quant on sait que les stock-options ont permis à plusieurs chefs d’entreprise d’être rémunérés 475 fois plus que le salarié moyen, est la cible de Thomas Frank. Qualifiée par l’auteur de «populisme de marché», la pensée managériale de la précédente décennie promettait d’en finir avec la hiérarchie et l’élitisme d’autrefois. Désormais, nous étions entrés dans une ère de proximité: les patrons nouveaux renonçaient «aux cravates et aux costumes sinistres» et «allaient au bureau à vélo». Bref, ils étaient «comme nous».
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Le credo des populistes, affirme l’essayiste, était des plus limpides: «Le marché était naturellement démocratique et exprimait à la perfection la volonté populaire au travers de mécanismes de l’offre et de la demande, des sondages et des focus groups, des supermarchés et de l’Internet.» Et tant pis pour les snobs et les arrogants qui pensaient différemment. En un aussi curieux que surprenant retournement de situation, nous explique l’essayiste, ceux qui militaient pour plus de justice sociale étaient maintenant considérés comme des élitistes détachés du peuple et de ses besoins: «Rien qu’en tentant de résoudre certains problèmes ils commettent le péché d’orgueil et font preuve d’arrogance, autant d’offenses inexcusables commises à l’encontre de la démocratie.»
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Avec les scandales qui ont éclaboussé le monde des affaires depuis quelques mois, il est permis de croire que les jours du «populisme de marché» sont comptés. Écrit au début de 2001, mais tout récemment traduit, l’ouvrage ne peut donc en tenir compte, et c’est dommage. Le collaborateur du Monde diplomatique nous livre un ouvrage un brin démagogique par moments mais toujours original, en plus d’être doté d’un humour d’une rafraîchissante causticité.
Francis Boucher
Le Devoir, 10 avril 2004
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Le marché de droit divin
Écrit tout juste après la spectaculaire débâcle des marchés boursiers, en 2000, le livre de Thomas Frank, un journaliste américain et collaborateur au Monde diplomatique, dénonce vertement ce qu’il nomme « populisme de marché », ce dogme quasi religieux mettant en symbiose l’économie de marché et la démocratie. Les deux concepts, selon les idéologues néo-conservateurs, ne feraient qu’un, si bien que combattre le marché, c’est lutter contre l’expression d’une démocratie « réelle », « naturelle », touchant de manière égalitaire tous les citoyens. Les privatisations, les dérèglementations de maints secteurs économiques et autres « plébiscites planétaires » pro-marché sont ainsi présentés comme autant d’actions au service du bien-être collectif.
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Or, bien au contraire, insiste l’auteur, cette idéologie renforce l’iniquité de la répartition des richesses, « la destruction du contrat social élaboré au milieu du siècle, la fameuse République de la classe moyenne ». C’est plutôt à travers le contrôle des marchés que se sont développées la propérité et la démocratie, et non l’inverse. D’où l’impérieuse nécessité de contrer avec force cette idéologie, actuellement dominante, qui détruit le véritable progrès, soit celui qui profite au plus grand nombre.
Yvan Cliche
Nuit Blanche, Été 2004
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Une « révolution culturelle » capitaliste
Pour les entreprises des États-Unis, la grande tâche durant les années 90 fut de créer un véritable consensus autour de leurs activités de plus en plus destructrices en termes sociaux.

C’est ce processus de légitimatioon que décrit Thomas Frank dans son ouvrage Le marché de droit divin. L’élément clé dans cette conquête des esprits a été l’élaboration par des entrepreneurs, des idéologues ou des universitaires d’un « populisme de marché ». Renversant la réalité, cette conception a fait du marché, couplé à l’Internet, l’instance suprême pour la démocratie au moment même où les mécanismes de la démocratie politique sont de plus en plus enrayés.

Contre cette récupération des idéaux progressistes au service du marché, Thomas Frank appelle à la constitution d’un véritable contre-pouvoir qui tende à l’instauration d’une démocratie non seulement politique mais aussi économique.
Christian Brouillard
À bâbord!, Été 2004
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Comprendre la propagande capitaliste
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Sa thèse, qui repose sur une vaste recherche, veut que la propagande capitaliste a adopté dans les années 1990 un ton résolument populiste. Le marché serait ce lieu où les citoyens -- ou plutôt les consommateurs -- peuvent directement exprimer leurs préférences de façon transparente en achetant ou non tel ou tel produit. Conséquemment, dit la propagande du « populisme de marché », ce sont les consommateurs qui prennent réellement les décisions qui déterminent l’économie américaine. Ce discours populiste se double d’un changement d’esthétique, les millionnaires et multimilliardaires n’étant plus des aristocrates distants et guindés, mais des gens cool qui portent des chemises simples et des jeans et mangent du fast-food. À l’inverse, les syndicats et les intellectuels qui poposent de régulariser le marché par des interventions de l’État sont autant de despotes qui veulent déposséder les citoyens -- les consommateurs -- de leur pouvoir légitime. Le nouveau discours est particulièrement bien adapté au marché des actions, les petits actionnaires se laissant convaincre qu’ils peuvent prendre des décisions importantes qui influenceront le marché. Résultat, après plusieurs années de ce discours populiste, la bulle spéculative du Nasdaq s’est effondrée, des millions de petits actionnaires perdant leur avoir, alors que des maîtres si cool filaient avec la caisse.
Francis Dupuis-Déri
Le Couac, Mars 2004
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert